Novembre m’a tuer…

Maintenant que j’y pense, c’est vrai que novembre est un mois pluvieux en général en Suisse. Pourtant, avec la météo que j’avais eu jusque là, je l’avais un peu oublié et me représentais cette période de l’année en me remémorant les dernières randonnées dans les préalpes sous un soleil doux et dans des forêts dont les arbres se débarrassaient de leurs dernières feuilles rougeâtres avant l’arrivée de l’hiver. Ben on peut dire que j’ai été déçu!

Le 4 je quitte St-Malo sous un ciel menaçant; la pluie est annoncée dès l’après-midi et pour une semaine, au moins. Arrivé au Cap Fréhel il pleut sérieusement et je m’arrête dans un camping un peu plus loin, miraculeusement ouvert, aux Sables-d’Or. J’y passerai 3 nuits, en espérant une amélioration du temps, et y ferai la connaissance de David, gérant du lieu. Les dernières prévisions annoncent une possible amélioration pour dimanche, c’est-à-dire dans une semaine…

Je repars donc lundi en fin de matinée, lorsque une éclaircie pointe le bout de son nez. Les deux jours suivants je roulerai entre les averses, me faisant mouiller deux fois par jours seulement. Arrivé à l’Arcouest, d’où part le bateau pour l’ile de Bréhat que je pensais visiter, je fais à nouveau halte 2 nuits au camping. Le fort vent et la pluie auront raison de mes envies de visites et je passerai la journée à lire et à regarder quelques séries.

A ce moment-là je commence à hésiter sur la suite du parcours et pense à « couper tout droit » vers le sud. Je décide de tout de même rejoindre la côte ouest et la pointe de Corsen. Je ne fais par contre plus les détours le long des côtes et prend la route la plus courte. Le vendredi 11, tout comme le dimanche 13, j’ai droit à des journées complètes sans pluie. C’est d’ailleurs dimanche que j’atteins la pointe de Corsen, avant de passer Brest et d’assister à un couché de soleil spectaculaire dont je vous ai déjà parlé.

Depuis ce jour, mon leitmotiv se résume à ceci: « Foutre le camp d’ici au plus vite! ». Ce n’est pas très profond, je l’admets volontiers, mais ça fonctionne… Je longe le canal qui relie Nantes à Brest sur quelques 300 kilomètres, avant de piquer au sud. Juste après le pont de St-Nazaire, je rencontre Daniel. En fait, c’est lui qui me rencontre; il m’avait déjà aperçu à Lannion, à 200km au nord-ouest d’ici et engage la conversation en me voyant alors que je fais une halte pour manger. Il me propose de m’héberger chez lui, à 22km de là, ce que j’accepte volontiers. On fait la route ensemble et on passe une excellente soirée. Le lendemain il m’accompagne jusqu’au Collet, avant de rebrousser chemin. En fin de journée j’ai droit à un « coup de vent » comme ils disent ici, accompagné de pluie. Je suis trempé comme rarement quand je pose enfin ma tente vers 21h.

La suite ressemble au reste du mois: je ne roule que pour quitter la région. Il pleut tous les jours, parfois 4h, parfois 8h. Je parcours à nouveau une centaine de km par jour, et me suis arrêté moins de dix fois pour prendre des photos en 20 jours. Et plus je vais au sud, plus le paysage est triste; des villages fantômes et des campings en travaux pour la saison à venir. Je me console en me disant que j’aurais encore moins aimé l’endroit s’il avait été bondé de touristes.

Au moment où j’écris ces lignes, en ce vendredi 25 novembre, j’ai presque plus d’affaires à l’extérieur de mes sacoches qu’à l’intérieur, pour essayer de les faire sécher, ou du moins pour ne pas tremper les autres. J’ai une drôle d’envie de vomir et de pleurer en même temps; est-ce qu’on peut vomir des larmes? Mais bon, je suis aux portes de l’Espagne et espère y trouver une météo plus clémente.

Pour conclure je citerai simplement le proverbe qui dit que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Six jours après mon départ j’ai franchi le col de l’Arlberg après 1200m de dénivellation ; j’ai compris alors que la terre ne m’arrêterait pas. En Pologne j’ai lutté 3 jours contre un vent de face forcissant d’heure en heure avant d’atteindre la mer baltique; j’ai compris alors que l’air ne m’arrêterait pas. Ici j’ai appris à monter et démonter ma tente sous la pluie et à rouler dans l’air humide à en être mouillé jusqu’aux os pendant plusieurs semaines; j’ai compris que l’eau ne m’arrêterait pas. Si vous avez suivi le raisonnement, vous remarquerez que je n’ai plus que l’épreuve du feu à passer; mais ça on en reparlera dans un prochain article.

4 commentaires sur “Novembre m’a tuer…

  1. Salut Lucas,
    Oui oui, il faudra même que tu reviennes en Bretagne … et oui je sais … les goûts … mais … on y mange des huitres sauvages en ce moment !!
    Je te suis, mais les pages en allemand … et bien je me sers d un outil de traduction en ligne bien connu … pas mal pour la compréhension tout de même.

    • Ah les fameuses huîtres ! 🙂 Allez, si un jour j’en mange, promis, ça sera en Bretagne. 😉

      Pour le texte en allemand, comme je suis assez nul et que j’ai pas mal de lacunes, je me sers d’un… traducteur pour quelques mots à chaque fois. 😀

  2. salut Lucas,
    le 9 décembre, je viens de lire ce périple sur novembre … et lorsque je suis rentré du Collet après t’avoir accompagné un tout petit bout de route, j’ai vraiment pensé à toi. Tu avais prévu de te mettre à l’abri dans la forêt de la Barre de Monts pour la nuit … et le soir du côté de Pornic un bruit sec sur ma gauche … un conifère venait de perdre une belle branche.
    Et bien en ce moment sur Lannion, et ce, … depuis 13 jours, on n a pas de pluie … mais du soleil …
    Bonne route
    A bientôt

    • Salut Daniel,

      C’est vrai que j’ai un peu joué de malchance, surtout que j’ai roulé avec les nuages qui ne m’auront lâché que peu avant St-Jean-Pied-de-Port. Mais bon, en contrepartie je profite d’une météo exceptionnelle pour la saison au nord de l’Espagne. Comme je le dis toujours: « ah ben mince, faudra que je revienne alors! » 🙂