L’Europe à pied, semaine 9

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19 juin 2017: Liberté
Vivre libre ou mourir

Treize mois à voyager sans contraintes ça forge son homme. Même si j’ai souvent essayé de suivre des itinéraires bien balisés pour éviter d’avoir à sortir ma carte à chaque carrefour, j’ai toujours gardé la possibilité de les adapter à ma guise. Et j’ai usé, voire abusé, de cette possibilité, changeant d’avis et de direction parfois plusieurs fois par jour.

C’est une autre histoire depuis mon départ de Monaco, puisque j’ai un itinéraire tout tracé pour les quatre mois à venir. Je m’y suis plutôt bien fait à vrai dire, puisqu’il s’agit quand même d’un sentier mythique à travers les alpes. Mais les jours où le balisage sur le terrain est peu clair et que les informations officielles du site n’apportent pas de précisions, j’ai parfois envie de tout envoyer balader et de tracer moi-même mon parcours sur la carte.

Mais je ne le ferai pas, je le sais, car je le regretterai tôt ou tard. Je fais donc le dos rond et fais de mon mieux pour suivre la voie tracée. Je peux faire ça pendant quatre mois, avant de retrouver ma liberté.

Vivre libre c’est mourir (un peu)

Le degré de liberté atteint pendant ces quatorze derniers mois dépasse de loin ce que l’on pourrait s’imaginer. Pour autant que je n’enfreigne pas les lois locales, ma liberté n’a pas de limites. A quelques rares exceptions près, je ne reverrai jamais les gens que je croise. Il en va de même pour la plupart des lieux que je découvre et quitte pour toujours presque en même temps.

A partir de là, qu’importe la façon dont je me comporte? Je peux être le pire client imaginable à la boulangerie du village, antipathique, râleur, malhonnête, ou au contraire admirable, séducteur, généreux; on ne se rappellera de moi que quelques heures au plus. Lors de mes rencontres, rien ne m’empêche de me faire passer pour un astronaute à la retraite, un paléontologue en mission ou un échappé de prison. Qu’importe, au final, si je dis la vérité ou non?

Pendant tout ce temps où personne ne se préoccupe de moi et où je ne me préoccupe de personne, je ne fait pourtant plus qu’inexister ; si tout est futile, si tout n’est qu’instant présent et que rien ne compte vraiment, il ne reste de moi qu’une bête sauvage qui vit au jour le jour. Je peux même m’imaginer reprendre ma vie là où je l’avais laissée en revenant, comme si tout ça n’avait été qu’une longue pause, l’entracte du film de ma vie.