L’Europe à pied, semaine 8

NoCountryForGrosSac

14 juin 2017: No country for Gros-Sac

Il y a, je l’espère, pour chacun un endroit dans ce monde où il passe complètement inaperçu, où il se fond dans le paysage et ne suscite aucun regard étonné. Un lieu dans lequel il n’est pas scruté, jugé, évalué, mesuré. Une oasis de repos pour la partie de nous qui cherche à seulement être une part du tout que constitue l’humanité.

Pendant l’année passée à voyager à vélo, ces endroits ont été rares; le nord de la Finlande, la Norvège et dans une certaine mesure les Pays-Bas, le pays européen du vélo. Le reste du temps, alors que mon regard étonné et curieux balayait l’environnement qui défilait, j’étais moi-même une attraction mobile pour les gens qui me regardaient passer, se demandant certainement parfois si le reste de la troupe du cirque allait suivre.

En me lançant sur la Via Alpina et en fréquentant les sentiers alpins, je ne m’attendait pas à ce que Gros-Sac fasse tant d’effet. Ah oui: je ne vous ai pas présenté Gros-Sac! Alors que je n’avais pas donné de nom à Mon Vélo, j’ai pensé que ça serait une bonne idée de nommer mes sacs, vu qu’il s’agit du deuxième déjà, après seulement deux mois de marche. Si vous trouvez que Gros-Sac est un peu vache, sachez que c’est de bonne guerre; lui m’appelle son « petit âne albinos ». Quelle idée? Vous avez déjà vu un albinos avec des yeux verts? Non mais…

Je disais donc qu’il faisait son petit effet. Bien souvent, j’entends les commentaires que les gens que je croise font dans mon dos: « Oh là là, il est chargé dis donc! ». Qu’est-ce que ça m’exaspère d’ailleurs, ces gens qui ne savent ni engager franchement une discussion, ni être suffisamment discret pour faire leurs commentaires. Parfois ce ne sont que des regards, que je sens dans mon dos, et je me fais un malin plaisir à me retourner pour que les gens, gênés, se remettent en route.

A leur décharge, il faut avouer qu’une fois le panneau solaire monté au sommet du sac, j’ai presque l’air d’un robot envoyé sur terre par les martiens pour y trouver une trace de vie. Et c’est bien souvent le panneau en question qui attire le plus l’attention. Même s’il en existe sur le marché depuis plusieurs années maintenant, la démocratisation n’a pas encore vraiment commencé et beaucoup de gens m’interrogent à ce sujet. Je ne serait pas surpris de lancer une nouvelle mode, vu l’intérêt et l’étonnement qu’il génère. Il est bien connu que les hommes sont de grands garçons qui ne se différencient de ceux-ci que par le prix de leurs jouets. Et comme l’ont été les drones, les mountainebaïques couleur fluo, les caméras miniatures à accrocher au casque, les tablettes, l’appareil photo reflex digital et j’en passe, le panneau solaire sera peut-être, le temps d’une demi-saison, LE gadget permettant d’être au top de la coolitude.