L’Europe à pied, semaine 7

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3 juin 2017: I’m too tired

Alors que je descend depuis la Turbie pour aller signer le livre d’or de la Via Alpina et passer par le point de départ officiel situé à proximité du palais princier, sur le rocher, je croise deux personnes qui montent en sens inverse. J’ai pour habitude de m’écarter pour laisser passer ceux qui montent et qui, du coup, sont dans l’effort. La première personne passe, mais la seconde, une dizaine de mètres plus loin me fait signe de descendre: « Je suis trop fatigué, venez! »

Arrivé à sa hauteur je remarque son sac à dos, conséquent. On engage naturellement la conversation, en anglais. Il s’appelle Frankie et compte marcher jusqu’à Trieste, tout comme moi. Il n’a cependant que trois mois à disposition et ne va pas suivre le tracé rouge mais un savant patchwork des différents chemins (rouge-bleu-rouge-vert-jaune-rouge) lui permettant de raccourcir un peu le trajet.

J’espère que j’aurai l’occasion, qui sait, de revoir Frankie plus loin sur le chemin. J’aimerais le revoir après deux mois de marche, d’efforts physiques répétés quotidiens si exigeants que la fatigue devient une idée absurde, ou une fatalité acceptée humblement. J’aimerais l’entendre dire qu’il n’est pas fatigué, mais qu’il pourrait dormir une semaine entière si l’occasion lui était donnée.

Mais pour l’instant, je continue jusqu’à Monaco, y rempli mes besognes symboliques, puis reprend la route en sens inverse. Vers dix-neuf heure, cherchant mon chemin mal balisé pour Peillon, j’interroge une dame qui passe par là. Elle m’explique par où je dois passer, puis me regarde attentivement et demande: « Vous êtes fatigué? ». Je réponds que non. Elle me demande encore si j’ai de l’eau, avant de me souhaiter un bon voyage.

2 commentaires sur “L’Europe à pied, semaine 7

  1. Jamais je n’ai tant pensé, tant vécu, tant été moi, si j’ose dire, que dans les voyages que j’ai fait à pied.
    De: Jean-Jacques Rousseau.
    Salutations des Gerbers de Tramelan.

    • Joli! (Même si j’ignorais qu’on citait Rousseau maintenant dans la famille; va falloir que je révise mes classiques en rentrant)