L’Europe à pied, semaine 6

29 mai 2017: Ça mer!

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Ça me le fait à chaque fois, depuis aussi loin que je puisse m’en souvenir. Quand j’avais vu son dos rond apparaitre entre deux collines en descendant vers Cassis. Quand on avait atteint la côte croate avec ma vielle 205. La fois où on atterrissait à Nice pour prendre le bateau vers la Corse. L’atterrissage, une nouvelle fois, mais à Biarritz cette fois. Puis six semaines de marche plus tard, elle était à nouveau là, à l’horizon. Enfin l’année passée, à Gdansk en Pologne, puis celles qui ont suivi les mois suivants. A tel point que je me suis demandé si j’allais pouvoir le ressentir à nouveau.

Quand j’arrive à Aiglun aujourd’hui, vers quinze heure et après déjà quelques dix-sept kilomètres de marche derrière moi, je n’ai nulle intention de rester là. Il y a pourtant un gîte pas trop cher au village, et 1000 mètres de denivellé qui m’attendent si je continue. Mais la question ne se pose pas; je me repose et m’offre un petit gueuleton avant de reprendre la route peu après seize heure.

Après avoir traversé l’Estéron, je lutte contre la chaleur et la fatigue et commence ma lente montée vers Gréolières-les-Neiges. De là, il me reste encore un crête me séparant d’elle, et je continue ma route, toujours mû par cette force invisible. Enfin je passe ce dernier obstacle. Je scrute l’horizon. Une dernière chaine de montagne se dresse encore au loin, que je n’avais pas repéré sur ma carte. De plus, l’air est chargé d’un voile et la ligne de l’horizon se distingue mal du ciel. Mais je scrute encore, elle doit être là. Et par une brèche dans la chaine voisine, au fond de laquelle coule Le Loup, dont les eaux vont la rejoindre ce soir encore, je l’aperçois, avec son dos toujours aussi rond: la mer.