L’Europe à pied, semaine 6

La route vers le sud continue, avec des hauts et des bas (hahaha!). Peu d’images, des textes un peu lourds, désolé pour ça… Et aussi: le compteur!

26 mai 2017: Des dout(e)s et des douleurs
Des doutes

La première fois que je me suis demandé « Mais qu’est-ce que je fous là ? », je me trouvais en Suède et avais déjà plus de cinq mois de voyage au compteur. Je me suis d’abord inquiété de m’être posé la question, mais comme les réponses fusaient dans ma tête, me montrant que j’avais toutes les raisons du monde d’être ici plutôt qu’ailleurs, j’ai plutôt été rassuré.

Depuis mon deuxième départ, les choses sont un peu moins faciles, par moments. Il m’arrive de douter du bien-fondé de cette deuxième partie de voyage. Si les bonnes raisons d’être ici plutôt qu’ailleurs ne manquent pas, j’ai peut-être une conscience un peu plus marquée de ce que je laisse derrière moi. N’avoir pas vu pendant un an mes amis et ma famille et les quitter à nouveau après quelques jours seulement est très différent: je n’ai pas eu le temps de considérer leur présence comme « normale » ou « acquise ».

Mais plus le temps passe et moins ces passages de doute se manifestent. Qu’on le veuille ou non, le dicton « Loin des yeux, loin du cœur » se vérifie et l’absence des proches devient elle aussi « normale » ou « acquise ».

Des douleurs

Chaque jour, je suis étonné de la capacité de récupération du corps humain. Alors que le soir précédent je pouvais encore à peine me mouvoir sans boiter et me tordre de douleurs, mes journées commencent presque toutes comme s’il s’agissait de mon premier jour de randonnée, sans courbatures, ampoules et autres petits maux.

Au fil des heures pourtant, le corps subit les attaques répétées des bretelles et de la ceinture du sac à dos, et de ce sol si dur sur lequel mes pieds prennent appui pour avancer. Gentiment, mon sac commence à me gêner, me poussant à chercher des positions plus confortables en le déplaçant légèrement sur les épaules, ou en tirant sur mon t-shirt pour éliminer les plis qui se forment sous la bretelle et me piquent comme le ferait une aiguille.

Les pieds quant à eux ne sont pas en reste. Durant les cinq à six premières heures, ils se manifestent uniquement lors des minutes qui suivent les pauses; il leur faut un peu de temps pour se « réchauffer » à nouveau et si quelqu’un devait me croiser à ce moment là, il m’offrirait certainement de m’emmener avec lui dans sa voiture. Mais la vraie souffrance vient plus tard, après sept ou huit heure de marche, quand chaque pas est celui de trop, que je souris pour cacher une grimace de douleur.

Mais ces douleurs sont sous mon contrôle: dès l’instant où je m’arrête elle cessent, et disparaissent complètement pendant la nuit. Je pourrais certainement les éviter totalement si je réduisais mon temps de marche quotidien. Mais j’aime ce sentiment d’avancer, j’aime voir les kilomètres défiler sur la carte, j’aime penser que traverser l’Europe à pied, ou à vélo, n’est pas vraiment une affaire.