L’Europe à pied, semaine 4

Un gros bout de chemin vers Monaco parcouru cette semaine, avec la fin du massif de la Chartreuse et le Vercors. Des images, bien sûr, et le compteur.

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12 mai 2017: Même pas peur!

Un mur blanc, voilà comment commence ma semaine; je me trouve devant un mur blanc. Je m’approche, péniblement. La pluie tombée durant une bonne partie de la nuit n’a pas suffit à faire partir la neige. Comme hier, je me traine dans une quinzaine de centimètres de neige humide. De toute façon, ni mes chaussures, ni mes chaussettes n’avaient eu le temps d’entamer le processus de séchage. Chaque pas demande l’effort qu’en demanderaient trois en temps normal; la lutte a commencé.

Au pied du mur, deux traces s’élèvent vers le point le plus bas du col; en diagonale d’abord, avant d’attaquer le dernier bout de manière plus directe. De quand datent ces traces? Comment était la neige à ce moment là? Impossible à dire, la pluie et le soleil modifiant l’aspect des empreintes laissées dans la neige en un rien de temps. Probablement que la situation était très différente, car je ne pense pas pouvoir suivre ces pas sans me retrouver plusieurs fois à glisser dans la pente aujourd’hui. Le chemin officiel, lui, est à peine décelable, sous une couche d’or blanc. Dans sa partie la plus élevée, il semble passer dans une congère infranchissable.

Je me décide à attaquer la pente de manière directe, avant de rejoindre le col par la crête, en espérant que le versant sud soit dénué de neige. De face, j’aurai mes pieds et mes mains pour me rattraper en cas de faux pas. Par contre, l’effort sera plus rude, intensifié encore par le poids du sac à dos. Je me lance. Mon tracé tâche de rejoindre au plus vite les zones plus déneigées. Sous la couche glissante et humide se trouve principalement de l’herbe; dès que la couche de neige devient trop fine, la pente se fait extrêmement glissante. A l’effort physique s’ajoute une attention accrue.

Petit à petit j’arrive, non sans m’arrêter régulièrement pour reprendre mon souffle, dans la partie herbeuse. Je glisse sur une tache de neige, pose un genoux au sol, plante mes bâtons au plus vite et tire dessus de toutes mes forces; pas loin de la dégringolade, il aurait fallu tout recommencer. J’arrive enfin sur l’arête et découvre avec soulagement l’autre face beaucoup plus accueillante. A ce moment précis je suis plutôt content de voyager seul et de n’avoir pas infligé cette montée à quelqu’un d’autre.