L’Europe à pied, semaine 28

29 octobre 2017: A la bonne heure!

Nul besoin de changer l’heure sur mes différents appareils, contrairement au reste du monde. A quoi bon, quand on a ni horaires, ni rendez-vous? Mais si la montre à mon poignet (c’est une image bien sûr, qu’est-ce que je ferais d’une montre, hein?) ne saura rien de l’heure d’hiver, mon horloge interne, elle, me dit que le temps du repos est venu.

Parce que vingt-huit semaines de montagne, ça use un peu plus que les souliers; le corps et le mental en prennent un bon coup aussi. Même si, au milieu de ces paysages extraordinaires, on sombre facilement dans un déni total de ses limites, poussé par l’enchantement quotidien qu’offrent les courbes terrestres parcourues à la force des mollets, il y a un jour où l’on se rend compte qu’on dormirait bien un peu plus longtemps que d’habitude, genre un mois par exemple.

Après la chaine du Dinrara, je prendrai la route de la côte. Fini les montées interminables, les chemins exigeants et tortueux, les détours inutiles, les provisions pour une semaine à porter sur le dos. Fini également les heures de tranquillité absolue, les coins de bivouac magiques, l’air frais, l’émerveillement à perte de vue. La facilité suggère toujours une perte de qualité; rien n’est gratuit en ce bas monde.

J’arrêterai aussi d’écrire un compte-rendu hebdomadaire. Parce que, de plus en plus, je me retrouve devant cette page blanche et me sens aussi vide qu’elle. Belle expérience, que de s’obliger à écrire chaque semaine pendant six mois, mais le moment est venu de conclure que ça n’est pas pour moi, ou du moins pas tout le temps. Renoncer ou persévérer, renoncer à persévérer, persévérer à renoncer; fragile équilibre et délicate question. It’s only right when it feels good, non?

L’hiver est là. Plutôt que de changer l’heure et de faire comme si de rien n’était, je préfère adapter mon rythme à celui du reste de la nature. Les fruits de l’année sont récoltés, mes branches se sont débarrassées de leurs feuilles, superflues au moment où il s’agit de survivre aux tempêtes hivernales. Je passe en mode Standby, je commence ma reconstruction pour l’année prochaine.

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