L’Europe à pied, semaine 28

Mieux vaut tard que jamais, qu’on dit! Voilà le résumé de la semaine vingt-huit, le dernier du genre. Fatigué de devoir me creuser la cervelle devant une page blanche, tâche devenue de plus en plus ardue au fil du temps, je retourne au rythme adopté en début de voyage: écrire quand la matière a suffisamment mariné dans le jus de cerveau et explose à la surface avec énergie et fraicheur. Ou pas.

27 octobre 2017: La semaine en un clin d’œil

Le déroulement de la semaine entière se décide à Knin, petite ville à l’extrémité est du parc national de Krka, que j’atteins ce vendredi avant midi par une route peu agréable et relativement chargée. Mon premier but est de trouver un bar, afin de consulter les prévisions météo; si elles sont bonnes, direction la chaine du Dinara jusqu’à Kamensko. Si elles sont mauvaises, direction la côte par le parc national en longeant la rivière Krka. Les prévisions sont bonnes, je charge donc Gros-Sac de nourriture pour une semaine! 🙂

Arrivée tardive au refuge fermé de Brezovac après avoir passé plus de temps que prévu à Knin. Je marche la dernière demi-heure dans le noir, sans vraiment voir où je mets les pieds et je dois dire que l’expérience est plutôt surprenante. Le vent s’est levé peu avant mon arrivée au refuge et continuera de souffler pendant cinq jours. Il s’agit de la bura, un vent fort et froid qui souffle dans la région. Je cherche en vain un endroit pour planter ma tente et me décide finalement pour un petit coin protégé du vent sous un avant-toit du bâtiment. Je ne dormirai que peu, entre l’ambiance hitchcockienne du lieu et le bruit provoqué par les bourrasques de vent et les feuilles qu’elles charrient.

L’altitude couplée au vent fort font que c’est au travers d’une forêt d’arbres nus et au sol couvert de feuilles mortes que je me dirige vers le sommet Dinara. Culminant à 1831m d’altitude, il s’agit du point le plus élevé de Croatie, même s’il ne s’agit pas du point le plus haut de la chaine qui lui se trouve au mont Troglav, sur le territoire de Bosnie-et-Herzégovine. Le vent est fort et glacial, devenant même violent lorsque j’atteins la crête sommitale; je manque de tomber plusieurs fois, les bourrasques changeant brutalement de direction sans crier gare. Bien qu’il n’y ait pas de neige, les épines du côté exposé au vent des pins nains poussant ici est couvert de givre, donnant un résultat mi-vert mi-blanc pour le moins inhabituel.

Après avoir passé la nuit dans un refuge un peu plus bas et rencontré Maarten, un belge sur la Via Dinarica parti en septembre d’Albanie, je descends jusqu’au village de Cetina, où se trouve la source de la rivière du même nom. La source est différente de celles que j’ai eu l’habitude de voir dans les alpes; il s’agit en fait d’un « trou bleu ». C’est plutôt surprenant, et assez joli. Plutôt que de continuer sur la partie ennuyeuse que suit la Via Dinarica, je décide de remonter dans les montagnes, vers le refuge de Rupe pour commencer. J’y ferai la connaissance de Marin et de Mario, qui viennent de Split et font une randonnée de quelques jours.

Une courte étape nous emmène le lendemain au refuge suivant, en passant par une nouvelle source qui ressemble plutôt à une petite mare. Un ami des deux compères nous rejoint dans ce petit coin de paradis offrant une vue incroyable jusqu’à la mer. Le jour suivant, je reprends la route seul en direction du mont Troglav; la bura a soufflé suffisamment pour vider le ciel de toute trace de nuage et le chemin de crête depuis Jankovo Brdo est superbe. Arrivé au refuge de Pume, véritable petite maison, je me décide à faire un jour de repos et de profiter de cet endroit. C’est également l’opportunité de refaire un peu mon retard au niveau du blog, qui ne cesse de s’accumuler.

Lorsque je reprends la route jeudi, je regarde l’horizon différemment grâce aux informations que Mario m’a données. Split, Moster, Omis, gorges de la Cetina, Biokovo; même sans y avoir mis les pieds, je connais les noms des différents endroits qui composent le tableau se dressant devant moi. Je n’ai plus qu’à choisir de quoi seront faits les jours à venir sur cette carte en 3 dimensions et à l’échelle 1:1.