L’Europe à pied, semaine 27

Six mois. Six mois… Six mois? Six mois! Trouver de l’eau, du pain et deux mètres carrés pour poser la tente: mes besoins vitaux. « Gauche? Droite? Tout droit? »: mes questions existentielles. Malgré tout, six mois passent aussi vite que dans une vie « normale ». Six mois de rien, ça se fête avec quoi?

20 octobre 2017: La semaine en un clin d’œil

« Les nuages sont là, ça n’est plus qu’une question de temps avant qu’il pleuve », me lance Vladimir ce matin. Deux jours, c’est tout ce dont j’ai besoin si je veux pouvoir suivre mon plan: passer par le nord du parc national de Paklenica par une crête incluant notamment Vaganski Vrh et Sveto Brdo, deux sommets à plus de 1700m d’altitude.

Pour commencer, mon chemin s’élève pour passer au pied du sommet Stapina, avant de se diriger vers le sud-est. Après avoir marché en foret un moment, je rejoins un plateau où paissent quelques troupeaux de vaches et de moutons. Je m’arrête près d’une paisible église pour manger. Encore une fois, la longueur de mon étape du jour est dictée par le refuge suivant et me permet de ne pas trop me dépêcher. Une courte montée m’amènera finalement au refuge de Struge, où je ferai la rencontre d’Ivana.

Comme nous avons le même itinéraire jusqu’à Sveto Brdo, Ivana et moi marchons ensemble une bonne partie de la journée. La crête est belle mais la vue plutôt bouchée par les nuages, plus bas. C’est ici que je verrai pour la première fois des panneaux indiquant la présence de mines. On m’avait prévenu que j’allais en rencontrer dans la région et qu’il fallait absolument rester sur les sentiers. Après avoir mangé ensemble au sommet, je quitte Ivana, qui compte rejoindre la côte demain par le parc national, tandis que je continuerai en direction de Gračac.

Un jour en foret et, en partie, sous la pluie, me mènera le lendemain au refuge de Cnropac. J’ai coupé au plus court pour faire la route en un seul jour, alors que la Via Dinarica fait quelques détours supplémentaires. La pluie est donc là, accompagnée d’un vent amenant de l’air plus froid. Toutes les conditions sont réunies pour faire un jour de pause, d’autant que le refuge de Crnopac est plutôt cosy et équipé de panneaux solaires et de lampes! La seconde nuit, je sentirai toute la cabane trembler en raison des bourrasques venant s’échouer contre ses murs.

Lorsque je reprends la route mardi, je vois au nord les sommets et la crête parcourus dimanche couverts d’or blanc; la neige est descendue très bas. Je rejoins rapidement Gračac, où je renoue contact avec la civilisation pour la première fois depuis une semaine. J’aime cette possibilité de tourner le dos au monde sans être privé de contacts humains, grâce aux Sklonište.

La partie entre Gračac et Knin a pour but de connecter la chaine du Velebit et celle du Dinara. Malheureusement, il n’y a que peu de sentiers de randonnées entre les deux et une bonne partie du chemin se fait sur de la route. A l’exception de la belle vallée de la Zrmanja, première rivière que je croise depuis mon arrivée en Croatie, pas grand chose à se mettre sous la rétine. A noter toutefois, une heure et demi de combat contre une végétation dense et peu coopérative, qui me laissera avec les avant-bras couverts d’écorchures. J’aimerais avoir l’occasion de partager un café avec le gars de la Via Dinarica qui a tracé le parcours, paisiblement assis devant son ordinateur et sans penser que ses cartes datant d’un autre siècle méritaient une vérification sur le terrain…

Un commentaire sur “L’Europe à pied, semaine 27

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*