L’Europe à pied, semaine 26

Arrivé sur la Via Dinarica, je me lance cette semaine dans le Velebit, une chaine de montagnes qui longe la côte de la mer Adriatique. Parc national, rencontres avec des locaux, forêts enchanteresses; le beau temps me permet de profiter un peu de la beauté des sommets croates et du côté sauvage de la région.

13 octobre 2017: La semaine en un clin d’œil

Ça y est, je suis sur la Via Dinarica. Un léger brouillard filtre la lumière du soleil et m’offre quelques jolis moments que je tente de capturer pour l’éternité à l’aide de mon appareil photo. Plus loin, là où le soleil réchauffe déjà l’air, c’est un escadron d’une espèce de mouche qui vient se coincer dans mes poils de bras. Drôles de bêtes; on dirait des squelettes de mouches, en fait. D’une couleur brune, elle ont une apparence famélique, mais ne semblent pas en vouloir à mon sang ni à ma chair, c’est déjà ça.

Quand le chemin quitte la piste forestière pour prendre un peu d’altitude, le marquage disparait et les multiples traces laissées par les engins des bûcherons n’aident pas à s’orienter. Je finis avec ma tablette dans une main, qui m’affirme que je suis bien sur le sentier, tout en devant traverser des champs d’orties au milieux de nulle part et avec en plus une tique qui grimpe sur mon pantalon. La vue sur les îles, au large, n’est qu’une maigre consolation une fois arrivé en-haut. La descente n’est guère plus facile et le marquage toujours absent; ça promet pour la suite! Plutôt que de tenter un nouveau sommet, je décide de suivre la piste en balcon au-dessus de la côte jusqu’au hameau de Krivi Put. Une route asphaltée me mène finalement jusqu’au col de Vratnik. Premier Dobar dan, bonjour croate, après seize heure.

A l’est, mer de brouillard avec quelques sommets ça et là. A l’ouest, mer Adriatique avec quelques îles ça et là. Rarement une journée commence par un tel spectacle! Je me lance en direction d’Oltari, où se trouve une entrée du parc national du Nord Velebit, créé en 1999. Côté terre, des feuillus rougeâtres. Côté mer, des pins d’un vert insensible aux saisons. Je sens une espèce de ligne de démarcation entre le climat méditerranéen et celui, plus rude, de l’intérieur des terres.

Après m’être acquitté des 25 kunas de taxe d’entrée du parc, je rejoins Zavižan, une station météorologique, à travers des bois qui m’émerveillent. Si je devais choisir entre la montagne et la forêt, je garderais la première. Mais en l’occurrence, j’ai les deux et je redécouvre l’ambiance particulière qui règne dans les bois; même si la distance visible est moindre en comparaison de celle du haut d’un sommet, il y a suffisamment de détails dans chaque mètre carré pour occuper l’œil pendant une heure.

A Zavižan se trouve le départ du sentier Premužićeva Staza, célèbre et couru; une « autoroute » à travers forêts et roches calcaires, avec d’innombrables points de vue sur la mer. Je le suivrai deux jours, jusqu’à la cabane de Skorpovac, avant de descendre à Karlobag pour y acheter du ravitaillement. Je rencontre Marco et son fils Jullian à Skorpovac; il est néerlandais, marié à une femme croate et ils vivent en Allemagne. Le fourneau refuse de fonctionner car la fumée ne s’évacue pas et on passera une heure à tout démonter, jusqu’à la cheminée sur le toit. Malgré nos bras noirs jusqu’au coudes et un refuge qui empeste la fumée, on est fiers comme des coqs quand le filet de fumée sort finalement là où il doit sortir.

La descente vers Karlobag et, surtout, la montée pour retourner dans les montagnes, est un parcours du combattant. Dès que l’on quitte le sentier « classique », le marquage se dégrade, certains passages sont bloqués par de barrières et d’autres parsemés de troncs pénibles à entrejamber avec un sac-à-dos de vingt-cinq kilogrammes. Je retrouve un sentier correct une fois sur la crête qui me mène à Šugarska Duliba. A ma grande surprise, il y a une petite dizaine de personnes venues y dormir; la cabane a été rénovée il y a à peine deux mois et de nombreux locaux viennent voir le résultat.

Une courte dernière étape me mène à la cabane de Stap, où je revois deux gaillard rencontrés le soir précédent. Beaucoup de gens travaillent dans le tourisme et ont plus de temps libre hors-saison pour aller à la montagne. Le décors est beau et la cabane plus traditionnelle que celle du jour précédent. Stapina, un sommet réputé et tout en rondeur que j’ai aperçu en venant, se dresse un peu plus haut.

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