L’Europe à pied, semaine 25

11 octobre 2017: Sors dehors si t’es un homme

Mes chances d’être attaqué par un ours son nettement inférieures à celles que j’aurais de gagner le jackpot à l’Euromillion. Si je ne joue jamais au loto, ça ne m’empêche pas d’avoir, comme presque tout le monde, déjà pensé à ce que je ferais de ma vie et de mon argent si jamais il m’arrivait de devenir riche du jour au lendemain par l’heureux fruit du hasard.

Vous pensez donc bien que, pendant les longues heures de marches solitaires qui remplissent mon quotidien, il peut m’arriver de laisser mes pensées divaguer au point de me demander, sérieusement, comment je réagirais en cas d’attaque nocturne. Je suis un pacifiste né et j’ai refusé de remplir mon devoir de citoyen quand la nation m’a demandé de prêter main forte à notre belle armée. Mais, comme un serpent se dorant paisiblement au soleil, je n’hésiterais pas une seconde à faire usage de mes moyens de défense en cas d’attaque ennemie.

Mon couteau suisse est évidement la première arme qui m’est venue à l’esprit quand il a s’agit d’imaginer une défense contre l’ours. Mais, il faut bien l’admettre, la bête opposera probablement une résistance plus forte qu’un des habituels salamis que je saucissonne sauvagement pour mon déjeuner. Il m’a donc fallu creuser plus loin dans mon équipement et trouver des moyens originaux d’utiliser ce que j’ai à disposition. Au fil des heures j’ai, il me semble, réussi à mettre sur pied un scénario certes optimiste, mais ayant une chance de réussir.

En cas d’attaque, et si je suis réveillé avant d’être transformé en repas de fête, condition sine qua non à quelconque forme de duel, ma première arme sera mon appareil photo. Un coup de flash ou deux dans les yeux devrait l’aveugler temporairement et me permettre de passer à la deuxième étape, qui elle consiste à l’aveugler de manière permanente avec mes bâtons de marche, toujours à portée de mains.

Une fois privé de ses yeux, l’assaillant ne pourra pas voir venir la troisième partie du plan: un coup de pied bien placé dans les parties de l’animal, en espérant qu’il s’agisse d’un mâle. A partir de ce moment, le pauvre ne pourra plus vraiment opposer de résistance à la lame de mon couteau qui tâchera de couper court aussi vite que faire se peut à ses souffrances. Comme on ne joue pas avec la nourriture, on ne tue pas une bête sauvage pour la laisser pourrir, et s’en suivra un grand festin, un ours rôti à la broche aromatisé aux branches de pins.

Dans la vie imaginaire comme dans la vraie vie, il faut toujours un plan « B »; dans mon cas, j’ai un redoutable allié au cas où il y aurait une faille dans mon plan initial. Je transporte en effet toujours de l’essence, un demi-litre environ, pour mon réchaud. Vous aurez deviné la suite: tremper un morceau de tissu dans le flacon, asperger l’ours du reste du contenu et bouter le feu au trouble-sommeil. C’est moche, je le reconnais, une mort lente et cruelle; mais c’est lui ou moi. Le problème que je n’ai pas réussi à résoudre jusque-là est le suivant: et si l’ours, pris de panique, devait s’enfuir en décrivant un cercle, boutant le feu à la forêt et me condamnant ainsi à être pris à mon propre piège. J’imagine déjà les titres dans les journaux: « Incendie de forêt, deux victimes, un ours brun et un ours blond. Les causes du drames restent mystérieuses. »

3 commentaires sur “L’Europe à pied, semaine 25

  1. Luca,cette fois-ci c’est sur,tu dois te faire publier à ton retour!je viens de faire une lecture à voix-haute de ta semaine 25,à mon amoureux et qui plus est,en ouature!on te lit comme un véritable roman,plein d’humour et d’autodérision!c’est vraiment hyper marrant!il s’inquiète toujours un peu pour toi et ce fameux 0urs,mais avec tes différents plans,tout devrait bien se passer!bonne route

    • J’ai adoré l’écrire! 🙂

      Fait gaffe à pas renverser un nounours avec ta ouature, ça les énerve et c’est pas bon d’énerver un nounours… 😉

      Becs

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