L’Europe à pied, semaine 25

9 octobre 2017: T’inquiète madame!

Je quitte Studena tard, vers seize heure, après avoir passé pas mal de temps dans un bar enfumé à écrire mes péripéties pour satisfaire votre curiosité, chers lecteurs. Au moment de quitter la route asphaltée pour prendre une piste qui s’enfonce dans la forêt, je passe un panneau qui indique la présence de l’ours dans la région. Peu après, deux dames dans la cinquantaine reviennent de leur cueillette de champignons, un panier en osier au bras.

Une d’entre elle m’interpelle; elle parle plutôt bien anglais et me demande où je vais. Je lui explique que je compte essayer de rejoindre le refuge de Hahlić, à trois heures de marche, mais que je transporte également une tente que je planterai dans un coin si jamais. Elle me dit que c’est impossible, qu’il va bientôt faire nuit et que je ne peux pas dormir dehors dans le coin, en raison du grand plantigrade. Elle me conseille de me rendre au village le plus proche, d’y passer la nuit et de continuer demain.

Ne voulant pas être le stupide touriste qui se fait bouffer parce qu’il n’a pas écouté les conseils des locaux, j’essaie de savoir si elle a déjà eu des problèmes avec l’ours, ou s’il y a régulièrement des accidents. Comme toujours jusqu’ici, on me parle de l’histoire du type qui a entendu dire qu’un homme connais un homme qui est un cousin éloigné de « l’homme qu’a vu l’homme qu’a vu l’ours ». Ou encore, de moutons et de vaches attaqués. Regardez-moi; est-ce que j’ai l’air d’un mouton? D’un viking, d’un ours, d’un homme préhistorique, oui, mais d’un fucking mouton! Non madame, s’il-te-plaît…

Je reprends la route en ayant perdu un quart d’heure et, aussi, une toute petite part d’insouciance. À travers les bois, je continue en étant un peu plus attentif aux bruits environnants. Quand le jour se met à faiblir, les silhouettes suspectes au loin font leurs apparitions; il ne s’agit que de troncs coupés, de pins nains ou de gros rochers. La gente dame a réussi à reproduire l’effet qu’ont sur moi les films d’épouvante: je me méfie de chaque ombre, même de la mienne.

Malgré l’ambiance un peu lourde, j’assiste à un fantastique couché de soleil qui me réconcilie avec la « méchante » nature. Les îles proches de la côte découpent la mer de manière à me rappeler les fjords norvégiens. À quelques centaines de mètres, quelques cerfs bruyants s’enfuient tranquillement tandis que je progresse vers mon objectif. Dans la pénombre et un brouillard peu épais, j’arrive au refuge de Hahlić. Il est fermé, comme je m’y attendais. Toutefois, il y a une petite pièce à l’arrière du bâtiment ouverte; le refuge d’hiver, comme on l’appelle généralement. Cette nuit, ça n’est pas une fine toile mais quatre murs qui me sépareront du dangereux et sauvage monde extérieur.

3 commentaires sur “L’Europe à pied, semaine 25

  1. Luca,cette fois-ci c’est sur,tu dois te faire publier à ton retour!je viens de faire une lecture à voix-haute de ta semaine 25,à mon amoureux et qui plus est,en ouature!on te lit comme un véritable roman,plein d’humour et d’autodérision!c’est vraiment hyper marrant!il s’inquiète toujours un peu pour toi et ce fameux 0urs,mais avec tes différents plans,tout devrait bien se passer!bonne route

    • J’ai adoré l’écrire! 🙂

      Fait gaffe à pas renverser un nounours avec ta ouature, ça les énerve et c’est pas bon d’énerver un nounours… 😉

      Becs

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