L’Europe à pied, semaine 24

5 octobre 2017: C’est fini ça r’commence

Malgré quelques coups de mou, notamment au moment de repartir début mai après avoir passé trop peu de temps avec la famille et les amis, puis quand il a fallu attaquer les cinquante dernières étapes depuis Oberstdorf, malgré ces petits coups de mou disais-je, je n’ai jamais sérieusement pensé que je n’atteindrais pas mes objectifs.

C’est peut-être la raison pour laquelle l’émotion ressentie en terminant la Via Alpina est restée très contenue. Je dirais même qu’elle était plus intense au moment de décider de me lancer dans l’aventure, en décembre dernier, ou encore au moment du départ, à Monaco. Arriver à Trieste était presque un jour comme un autre; ne pas traîner trop longtemps en ville et étudier la carte pour savoir combien de nourriture acheter avant de repartir.

Parce que cette Via Alpina n’était, au final, qu’une pièce de ce puzzle absurde sur lequel je travaille depuis dix-huit mois. Les bords étaient définis avant de partir et, depuis, je passe mon temps à remplir le cadre de petits morceaux: aller au Cap Nord le 21 juin, rouler jusqu’au sud par la côte, retourner en Suisse déposer le vélo, rejoindre Monaco par les préalpes, faire le parcours rouge de la Via Alpina, descendre sur Athènes pour passer l’hiver au chaud, puis… rentrer?

Dans un autre contexte, ces bouts de voyage pourraient être des projets en soi. Si mon but avait été la Via Alpina seule, l’arrivée à Trieste aurait été toute autre; fin d’un projet, retour à la vraie vie, partage de l’expérience avec les proches. Mais dans le cas présent, j’ai plutôt l’impression de passer d’un but à l’autre comme je passe d’un jour à l’autre; c’est seulement la fréquence qui change. Ils remplacent d’ailleurs très bien le découpage habituel du temps, comme les mois par exemple, qui ont perdu tout intérêt dans la forme de vie que je mène. « On est quand? ». « Le bientôt à mi-chemin vers Tarifa. ».

La Via Alpina est terminée; « Merci, bravo! ». Baissez le rideau, changez le décors, levez le rideau. Même joueur joue encore.