L’Europe à pied, semaine 24

Dernière ligne droite vers la fin de la Via Alpina. Une semaine pour essayer de réaliser que, ça y est, le mythique parcours à travers les Alpes est désormais une page de mon histoire personnelle. Pas de quoi faire le fier non plus; la randonnée est un hobby de senior, j’ai pu le vérifier en chemin. Alors quoi? Alors rien. C’est quoi la suite?

29 septembre 2017: La semaine en un clin d’œil

Après être redescendu dans la vallée et avoir reçu un petit « schnaps » local à Petrovo Brdo, je remonte vers le refuge de Porezen. Plus rien de comparable avec ce que j’ai derrière-moi; on parle ici de 800m de dénivelé. La vue est, paraît-il, superbe sur le Triglav. Mais comme depuis mon arrivée en Slovénie, les nuages cachent l’essentiel des sommets. Ni de Triglav, de Jalovec ou autre Velico Spičje pour se rincer l’œil.

Je sors de plus en plus souvent ma tablette pour m’orienter. Le balisage est loin d’être toujours bon et aucune chance de retenir un nom qui comporte huit consonnes pour une voyelle… C’est principalement par des pistes et quelques bouts d’asphalte que je me dirige vers Idrija, que je rejoins dimanche matin. J’y fais mes courses sans trop m’attarder, puis reprends la route. Après être monté vers Javornik, à 1200m d’altitude, j’entame une lente descente vers Predjama, à travers de grandes hêtraies. Les rayons du soleil de fin de journée venant tacheter les troncs, les feuilles aux couleurs d’automne, le calme qui règne ici; je redécouvre la beauté des forêts après des mois passés principalement au-dessus de la ligne des arbres.

Au château de Predjama où je fais une courte halte se trouve également le départ du parcours blanc de la Via Dinarica. Pendant un moment, je fais route commune avec un chemin de Compostelle; devant l’église de Strane, petit hameau typique de la région, un panneau indique Saint-Jacques-de-Compostelle à 2840 kilomètres de marche. J’en ai fait quelques 3400 depuis… Les Reussilles, dans le Jura suisse. Regardez sur une carte pour bien vous rendre compte de ce que vous venez de lire!

De Nanos, une coline culminant à 1200m d’altitude, je devrais voir la mer adriatique pour la première fois. Mais la météo ne me permet que de distinguer un reflet qui, peut-être, est celui du soleil sur l’eau. Le chemin redescend ensuite sur un plateau. Le mauvais temps est de retour et la deuxième partie de la journée se passe sous la pluie. De toute manière, je suis relativement proche d’une autoroute et le chemin passe dans des forêts sans grand charme. J’arrive en fin de journée à Matavun, où se trouve de célèbres grottes; j’y croise pas mal de touristes. Je laisse passer encore une grosse averse, puis le temps se calme et je plante ma tente dans un pâturage.

L’avant-dernier jour me mènera, toujours sur un plateau karstique, vers l’Italie et le refuge de Premuda. Après avoir un peu trop tardé en chemin, j’y arrive de nuit. Je pensais le trouver fermé et y planter la tente, mais le trouve ouvert et fréquenté. Je demande d’abord à la patronne si je peux planter ma tente quelque-part, avant de m’installer sur la terrasse avec une grande bière. J’y ferai la connaissance de Christopher, un jeune autrichien qui est sur l’AlpeAdria Trail, un chemin partant au pied du Großglockner et allant jusqu’à Muggia. Nos deux parcours partageant la même route pour le dernier jour, on se donne rendez-vous le lendemain pour le café à huit heure.

Je fais donc les dernières heures de marche avec Christopher. Rien de très passionnant niveau paysages; à l’approche de la côte et de la ville, routes, autoroutes et centres commerciaux sont légion. C’est peu avant la dernière descente, à peine une heure avant d’arriver, que j’aperçois pour la première fois distinctement la mer adriatique. Arrivé à Muggia, on trouve une paire de bières que l’on déguste face au golfe de Trieste. Après encore un café, je repars déjà pour quitter l’agglomération et pouvoir bivouaquer dans un coin tranquille.