L’Europe à pied, semaine 23

Fin du parcours à la frontière entre l’Autriche et l’Italie, puis arrivée en Slovénie. La Via Alpina touche à sa fin et les premières interrogations sur la suite font leur apparition. Après quatre mois de visite guidée des alpes, par où continuer?

22 septembre 2017: La semaine en un clin d’œil

Le Karnischer Höhenweg perd de l’altitude, me laissant un peu de répit avec la neige. Toujours un peu malade, et espérant secrètement que la neige tombée en Slovénie fonde dans l’intervalle, je commence la semaine par de petites étapes. La première m’amène tout d’abord à Naßfeld, en traversant le domaine skiable d’Hermagor. Un col plus loin, je plante ma tente à la frontière austro-italienne. Beau ciel étoilé, qui me vaut une nuit froide et du gel au petit matin.

Par quelques alpages isolés, mon chemin se faufile vers Thörl-Malgern; Egger Alm, Dellacher Alm, Achomitzer Alm, pour ne citer que les plus grands. Ce petit moment de préalpes me permet de constater que l’été a passé; le grand champ de fougères orange que je traverse me jette brutalement cette vérité à la figure. « Wie treu sind deine Blätter », dit la chanson. Les sapins et leur vert fidèle m’ont aussi caché la notion du temps qui passe.

Petit à petit, j’arrive à la borne qui marque la frontière de trois pays: à l’Autriche et l’Italie s’ajoute la Slovénie. Une dernière nuit en Autriche, que je quitte dans un brouillard épais. C’est toujours triste d’arriver dans un pays par mauvais temps, la Slovénie n’échappe pas à la règle. Me voilà de retour dans les pays où les gens parlent l’étranger; même en Italie, de par sa proximité avec le français, j’arrivais à me débrouiller. Mais à partir de maintenant, et pour la longue route vers le sud, c’est retour à l’anglais ou même, si nécessaire, il faudra en venir aux mains. 🙂

Je rejoins rapidement le parc national du Triglav, l’unique du pays, impressionnant par sa taille. Bivouac interdit et nuit au refuge obligatoire, pas de refus par ce temps. Trois bonnes nouvelles m’attendent ces vingt-quatre prochaines heures; premièrement, le chemin qui doit me mener à 2000m d’altitude est un chemin de muletier, sans soucis donc même en cas de reste de neige. Deuxièmement, sur la route vers Trenta, je constate qu’il n’y a plus de neige à 1800m. Finalement, au camping de Trenta, les prévisions météo sont bonnes: encore de l’eau demain, puis cinq jours sans.

Depuis Trenta, je m’élève vers mon dernier col à plus de 2300m. Dans la montée, pas beaucoup de trafic vu le temps. Deux bouquetins marchent quand même devant moi une bonne dizaine de minutes, avant de comprendre qu’il leur suffit de quitter le chemin pour que je les laisse en paix. Arrivé à la Koča na Doliču, une cabane à 2150m d’altitude, le vent souffle et la vue est complètement bouchée. Je ne profiterai jamais vraiment d’une belle vue sur les Alpes Juliennes. Je passe mon col, avec encore de bons passages dans la neige, avant de descendre vers les sept lacs; c’est certainement plus joli par beau temps. Avant d’arriver au refuge Dom na Komni au terme d’une longue étape, je passe encore à travers un bois particulier; la plupart des troncs des mélèzes qui poussent ici ont des courbes qui donnet l’impression qu’ils dansent. Moment magique.

Dernière étape de la semaine, dernière étape de montagne sur la Via Alpina. Les neuf restantes seront une ballade dans les collines pour rejoindre la mer. La météo, sans être exceptionnelle, est au moins sèche. Et c’est exactement ce qu’il fallait pour que cette longue étape, en grande partie sur une crête, se passe bien. Décrite par certains comme dangereuse sur le site de la Via Alpina, il s’agit plutôt d’une belle manière de clore ce long parcours dans les alpes; souvent dans des pentes raides, nécessitant parfois l’aide des mains; une formalité après près de quatre mois dans les montagnes. Arrivé relativement tôt à la fin de l’étape, je commence à descendre dans les forêts slovènes; la Via Alpina s’est en quelque sorte terminée là-haut, au refuge fermé de Črna prst (pas de faute de frappe, c’est du slovène, ça veut dire « doigt noir » et ça se prononce « tcheurna peurste »).