L’Europe à pied, semaine 22

21 Septembre 2017: Pas le moment

On est le jeudi 21 septembre. Aujourd’hui, pour la deuxième et dernière fois de l’année, le jour et la nuit se partagent équitablement les vingt-quatre heures que compte une journée. Moi, je vais dormir dans un bivouac, à 1900m d’altitude. Mais ça le soleil s’en fout.

Brève description du bivouac: espèce de tunnel en métal rouge. Les quatre hublots latéraux font presque penser à un bus. Six couchettes d’un côté, réparties sur trois étages. Seulement cinq de l’autre, un espace du bas étant réservé à l’entreposage de tabourets. Plus de tabourets que de place où les disposer. Entre les couchettes, un couloir d’un mètre. C’est tout. Dehors, quatre câbles tendus dans les angles empêchent la boîte de s’envoler en cas de tempête. Deux sont détendus. Les deux autres ne sont plus fixés au sol. Pas de tempête prévue cette nuit. Bonne chose.

Je viens de passer trente minutes à faire fondre entre mes doigts une boule de neige bien tassée confectionnée auparavant, en regardant le soleil décliner. On oublie par fois de ne rien faire du tout. Le soleil se couchera là-bas, à l’ouest. Il le fera toujours, même si rien est impossible, même un coucher de soleil à l’est. C’est Max qui dit ça.

L’énergie hydraulique n’existe pas; c’est l’énergie du soleil qui amène l’eau en altitude, et cette énergie est récupérée par les centrales hydroélectriques. L’énergie hydraulique est une énergie solaire indirecte. Il en va probablement de même pour l’énergie éolienne, qui résulte du déplacement de masses d’air chauffées par le soleil. Le pétrole n’est rien d’autre que de la photosynthèse pourrie dans des conditions particulières pendant un long moment; du soleil encore. Et la nourriture? Du soleil!

Il y a toujours une bible dans un bivouac de montagne. Comme dans une cellule de prison. Le confort aussi est comparable. Mais on ne sert pas trois repas par jour dans un bivouac.

Aller pisser dehors au milieu d’une nuit glacée vêtu seulement d’un caleçon réduit considérablement le temps qu’on est prêt à passer à philosopher devant la beauté d’un ciel étoilé.

On est le jeudi 21 septembre 2017. Je me sens bizarre; un peu malade, résultat logique de trois jours extrêmement exigeants. Fatigué, mais aussi léger, voire un peu ailleurs. J’aimerais me sentir comme ça avant de mourir, je crois. Léger, ailleurs, mais satisfait de ce que j’ai derrière moi.

La mer adriatique se trouve à 85km au sud à vol d’oiseau. Mais le vent souffle depuis l’ouest, ça ne peut donc pas être l’air du large qui me met dans cet état. La fatigue alors. La même fatigue qui m’empêche de dormir. L’écho de chaque battement de mon cœur se fait entendre dans mon crâne. Pas le moment de trop réfléchir. Pas le moment de vouloir gravir l’Everest. Pas le moment d’écrire cet article.

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