L’Europe à pied, semaine 22

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Troisième et dernier épisode de la saga « Passera-t-il, passera-t-il pas? », même si tout le monde sait déjà que ça a passé. Les Dolomites ont fait les timides, se cachant souvent derrière les nuages. L’hiver a montré ses crocs et a bien failli m’obliger à descendre dans la vallée.

15 septembre 2017: La semaine en un clin d’œil

Alors qu’hier je ne voyais pas à dix mètres, le réveil dans le refuge de Biella me réserve une belle surprise: le ciel s’est ouvert pendant la nuit. Le mercure est aussi descendu en conséquence et toute les flaques sont gelées ce matin. Mais quelle vue! Les formes, les couleurs; tout m’oblige à quand même prendre mon petit-déjeuner sur la terrasse, quitte à me les geler un peu. La matinée est un vrai régal pour les yeux, quelque soit la direction où je regarde. Les Dolomites bien sûr, avec les fameuses Drei Zinnen au loin, mais aussi la chaine plus au nord-ouest qui arbore fièrement ses cimes blanches.

Un bout de sentier est fermé en raison d’un éboulement. J’ai cependant entendu dire qu’un contournement était balisé et je m’y engage sans trop hésiter. Le chemin est beau, presque exempté de neige, et me mène jusqu’à la Durrensteinhütte. Je m’y arrête et profite du fait que les fameux Knödel autrichiens soit au menu du jour pour enfin y goûter. Que du bonheur!

J’attaque le lendemain l’ascension vers la cabane au pied des Drei Zinnen; pluie, puis vent, froid et brouillard. Je suis à quelques centaines de mètres des fameuses montagnes et je ne peux pourtant pas les voir. Mais le plus surprenant, c’est que je croise relativement beaucoup de monde, et la cabane du même non que les montagnes est bondée. Un coin très touristique, donc. Je ne tarde pas à continuer vers Sexten, et le temps s’améliore peu à peu. Après avoir fait mes courses et éprouvé bien du mal à trouver de l’essence, je monte vers la Sillianerhütte pour y passer la nuit. J’ai, dans un premier temps, hésité à passer trois nuits à Sexten en attendant une amélioration de la météo. Mais finalement, j’ai opté pour l’option suivante: continuer à avancer et me réfugier dans les cabanes si le temps est trop mauvais.

La semaine à venir se passera sur le Karnischer Höhenweg. Assez connu, et couru, il suit toute la chaine à la frontière entre l’Autriche et l’Italie, de Sillian à Thörl-Maglern. Un froid de canard règne le premier matin, à quelques 2400m d’altitude, mais le chemin est beau et la vue plus ou moins dégagée. Je fais les premiers kilomètres avec un groupe de six marcheurs allemands croisé au refuge le soir précédent. Arrivé à la fin de la première étape officielle du tracé, je décide d’enchainer avec la deuxième, mais suis stoppé par la pluie et la neige après une heure et demi. Je trouve refuge dans un abri de secours et y passerai la nuit.

Je repars le lendemain, dans une fine couche de neige. Après le premier refuge, la neige disparait. Je continue ma route à travers de verts pâturages. Verts, certes, mais montrant aussi l’arrivée de l’automne avec des tons orangés. Au refuge de Porzen, que j’atteins à treize heure, je fais une pause. La patronne m’annonce que la météo s’annonce très mauvaise pour le lendemain. Après une longue hésitation, je repars pour faire la plus grande partie possible de l’étape du lendemain, donnée pour huit heures de marche, en prévoyant de camper après environ deux tiers du parcours. Le chemin suit la crête et en cas de neige il faut prendre une alternative par le côté italien. Poussé par la perspective de me retrouvé coincé en mauvaise posture, j’avance rapidement. Après une belle marche de cinq heures, je rejoins, sous la neige et dans la pénombre, le refuge Hochweißsteinhaus. Ouf, le plus dur est derrière moi et les étapes à venir devraient être plus faciles.

Au réveil, vingt centimètres de neige; les neuf autres marcheurs qui eux sont resté au refuge de Porzen ont tous annulé leur réservation, m’annonce la gardienne ce matin. Pour ma part je prends la route après m’être assuré que le chemin ne présentait pas d’endroits dangereux au vu des conditions. J’atteindrai le Valentinalm après huit heures de marche. Le lendemain, un nouveau combat de huit heures dans vingt-cinq centimètres de neige humide et parfois des congères de plus d’un mètre de profond, me permet de rejoindre la cabane du Zollnersee. Exténué après ces trois jours chargés, je tombe légèrement malade. Rien de méchant, un petit refroidissement; mon corps me disant « Du calme, jeune homme plus si jeune! ». 🙂

Le dernier jour, je fais le trajet avec deux dames qui vont également en direction de Naßfeld. Leur rythme tranquille est parfait pour que je puisse récupérer, et c’est sympa de pouvoir discuter un peu. Cependant, vers quinze heures et arrivés à peine à mi-parcours, elles doivent se résoudre à descendre dans la vallée pour chercher un hébergement. Pour ma part je continue encore deux heures, dans la neige à nouveau, mais qui comporte cette fois une trace. Arrivé à un bivouac, je décide d’en rester là et profite du calme total, ainsi que du soleil déclinant.

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