L’Europe à pied, semaine 21

8 septembre 2017: Ça passe pas, ça passe pas!

J’ai, jusqu’à maintenant, eu l’habitude d’utiliser trois « petits trucs » pour me motiver dans les moments où je sentais que je pouvais flancher. J’imagine qu’ils n’ont rien d’exceptionnels, mais comme il faut que je remplisse cette page blanche je vais vous les décrire quand même! 🙂

Le premier est intervenu très tôt, dès la première semaine de voyage à vélo. Je redoutais fortement l’ascension du col d’Arlberg; plus de 1200 mètres de dénivelé positif avec un vélo chargé comme une mule. Mais même si je ne m’étais pas entraîné tout à fait autant que je l’aurais aimé, j’étais en forme et j’ai passé le col sans trop de soucis. A partir de ce jour, à chaque fois qu’un dénivelé important se dressait sur mon chemin, je me disais: « Pas de problème, rappelle-toi le col d’Arlberg, c’était bien plus exigeant et t’en as fait des kils depuis! ». En bref, avoir une grosse journée comme référence et me dire que si je l’ai fait une fois, je peux le refaire sans problème.

Le deuxième « truc » est plus un peu plus poétique. Il m’est venu pendant les dernières semaines où je faisais route vers le Cap Nordkinn. Alors que j’avais perdu un peu de temps suite à des problèmes fessiers sur lesquels je ne vais pas donner de détails ici (c’est après que ça devient poétique, si jamais), il fallait que je roule une certaine distance par jour pour arriver, comme prévu, le jour du solstice d’été. Quand je commençais à fatiguer, je me disais dans ma tête: « Pense au toi du vingt-et-un juin. Pense au plaisir que tu éprouveras d’y être arrivé ! ». Cette façon de m’imaginer au moment où j’aurais atteint mon objectif m’a permis quelques fois de rallonger mes journées et d’oublier, un peu, la fatigue.

La dernière de mes astuces est à l’opposé de la seconde. Il s’agit en effet de ne pas « ruiner » l’effort fourni auparavant. Je ne sais plus trop quand je l’ai utilisé pour la première fois, mais je l’utilise régulièrement depuis que je marche. Quand l’objectif est ambitieux, par exemple marcher cinquante heures en cinq jours, il arrive que cela devienne compliqué au bout du troisième; je me dis alors: « Non, tu peux pas lâcher maintenant. T’aurais fait tout ça pour rien? ». Très utile pour trouver la force de disputer le sprint final.

Aujourd’hui je voulais faire une belle étape, après avoir déjà pas mal poussé depuis mardi. La raison est des plus simple: les prévisions annoncent de nouvelles précipitations pour dimanche et des chutes de neige descendant à 2200m. Si je « donne tout », je peux encore passer un col à 2800m samedi en fin de journée. Mais aucune des trois méthodes citées ci-dessus n’a fonctionné; mon corps refuse dorénavant de me faire crédit et chaque grosse journée se paye cash. Il va falloir soigner ma fatigue chronique avant de pouvoir espérer repousser à nouveau mes limites du possible.