L’Europe à pied, semaine 21

Cette semaine doit m’amener dans une région magnifique des alpes, les fameuses Dolomites. Mais faut-il pour cela encore passer le col à 2800m qui se dresse sur mon chemin. Avec un début de mois de septembre pluvieux et froid, le thème de la semaine reste une nouvelle fois le suivant: passera-t-il, passera-t-il pas?

8 septembre 2017: La semaine en un clin d’œil

Nuit glaciale, givre autour de la tente ce matin. Pas la force d’affronter le froid, j’attends que le soleil réchauffe un peu l’atmosphère. Ce départ tardif modifiera un peu le plan pour les prochains jours. Le sentier m’amène pour commencer vers l’Edelrauthütte, avant de suivre une courbe de niveau. Au-dessous se trouve un lac artificiel, tandis qu’au-dessus je peux apercevoir quelques glaciers, quand les nuages le permettent. Cette longue marche dans la caillasse me mène au refuge que je voyais déjà depuis le précédent, mais en faisant un détour important. Arrivé à la Chemnitzerhütte, je bois un chocolat chaud en étudiant la carte; dormir ce soir à 2200m ne m’intéresse que moyennement, vu les températures actuelles et le vent qui souffle. Je décide donc de passer la nuit au refuge, n’ayant plus le temps de descendre dans la vallée aujourd’hui.

Samedi, je prends la route qui mène vers le Speikboden Alm. Il parait que la vue y est magnifique, mais le ciel est bouché et je ne profite pas vraiment de ce qui m’entoure. Le chemin se faufile entre les sommets et les cols sans grands changements d’altitude pendant quatre heures, avant d’entamer la descente. La Via Alpina prend officiellement le télécabine pour descendre jusqu’à Speikboden. Je décide de faire la descente à pied. Arrivé à quelques centaines de mètres du fond de la vallée, je trouve un coin sans charme pour planter ma tente, puis descends jusqu’au village de Taufers pour faire quelques courses; j’ai prévu de passer le dimanche qui s’annonce pluvieux dans ma tente. Il pleuvra effectivement la quasi-totalité de la journée.

Lundi je reprends la route sans savoir si la neige est descendue aussi bas que l’annonçait les prévisions. Je scrute au loin les montagnes, mais la plupart ont encore la tête dans les nuages. D’Ahornach, je remonte la vallée de Rein jusqu’au village du même nom, avant de repartir dans le sens opposé sur quelques kilomètres. Je quitte le fond de la vallée pour monter jusqu’à la Rieserfernerhütte. Une grande partie de la longue montée se passe dans le brouillard. Je suis les marques et les cairns du mieux que je peux. J’arrive finalement à 2800m d’altitude sans avoir posé le pied dans la neige; quel soulagement! Encore une fois, le temps qu’il me reste ne me permet pas d’espérer descendre suffisamment bas pour planter ma tente et je passe la nuit au refuge.

Mardi, au réveil, une fine couche de neige recouvre le sol. Le gardien du refuge m’assure qu’il n’y a pas de problèmes pour descendre et je m’active pour ne pas trop tarder. Le début de la descente, en grande partie sur des marches en bois, se passe bien, et je passe assez rapidement sous la limite de la neige. Je continue donc sous la pluie jusqu’à Antholz, petit village apparemment réputé pour le biathlon. Il fait un froid de canard et je suis mouillé jusqu’à l’os. Je commence par m’abriter dans un café, avant de voir la limite des chutes de neige baisser sans cesse. Dépité, et gelé, je décide encore une fois de dormir au chaud dans un vrai lit.

Le chemin reprend de la hauteur le lendemain pour passer la Grübelscharte à 2400m d’altitude. La neige fait son apparition avant les 2000m déjà, mais le sentier est large et sans danger. En face, je vois la partie parcourue hier couverte de neige et me dis que j’ai eu de la chance; ça n’aurait probablement pas passé aujourd’hui. Du haut du col, j’aperçois au loin les Dolomites qui se dressent. Après avoir rejoint un alpage en contrebas, le sentier devient piste et j’arrive dans le Gsiesertal après une longue descente. Ici, la Via Alpina prend très officiellement le bus. Moi je tiens à mon label « 100% les pieds sur terre » et je prends la route pour Welsberg dans le fond de la vallée. Je trouve un coin pour ma tente peu avant le village.

Le dernier jour de la semaine doit définitivement m’amener au pied des Dolomites. Je prends donc la direction du Pragser Wildsee, haut lieu du tourisme régional. Beaucoup de monde, même s’il y fait un temps plutôt moyen. Après avoir longé le lac, la Via Alpina monte en direction du refuge Biella. Une montée assez sauvage où seulement une petite partie des touristes s’aventurent. La zone est classée réserve naturelle et le bivouac y est interdit; obligé de passer la nuit dans le refuge, ce qui m’arrange quand je découvre le temps qu’il fait de l’autre côté du col…