L’Europe à pied, semaine 20

2 septembre 2017: Stop!

Plus de quatre mois maintenant. Quatre mois à compter, à faire un peu plus que ce qui suffirait. Quatre mois de course contre le temps. Un contre-la-montre d’une dimension nouvelle. Faire le parcours rouge de la Via Alpina en une saison est un défi en soi; il faut de la chance au niveau météo, et surtout ne pas perdre trop de temps. Au-dessus de 2000m, l’été ne dure pas très longtemps.

Se lever, marcher, parfois plus par nécessité que par envie; on aura tout l’hiver pour se reposer. Aller plus vite que les saisons, partir d’une mer pour rejoindre l’autre. Allez, encore une heure, peut-être deux. Pense à demain, pense à Trieste. Chercher au fond de soi la motivation, l’énergie nécessaire pour se tirer hors du sac de couchage tôt le matin. Refuser un magnifique endroit pour poser la tente car il est « seulement » dix-huit heure; allez, il fera jour jusqu’à vingt-et-une heure, marche encore un peu.

Passent les jours, les semaines et les mois. Passent les décors, les montagnes et les pays. Passent les kilomètres. Puis un jour, on n’arrive plus à se tirer hors de la tente le matin tôt. Un grain de sable s’est glissé dans la mécanique jusque-là rutilante. On commence à douter. Pourtant le plus dur est derrière; plus que cinquante étapes. La sensibilité est à fleur de peau, on est capable du pire, comme du meilleur: quarante kilomètres un jour, douze le lendemain.

Les pensées négatives font leur apparitions, comme des hyènes prêtes à vous dévorer le cerveau. La moitié de l’énergie dépensée chaque jour ne l’est que pour chasser les idées noires. Pourtant, il faut continuer à avancer. Le cœur n’y est plus, mais les jambes n’en ont plus besoin après tout ce temps. A force de regarder de plus en plus souvent la distance qu’il reste à parcourir, elle fini par paraître toujours plus grande; chaque jour m’éloigne un peu plus de Trieste dorénavant!

Il faut faire sortir ce grain de sable de là. Ça prendra un peu de temps, j’en suis sûr, mais ça ne peut pas continuer comme ça. S’arrêter, trois jours. Se lever trois matins et ne pas penser au nombre d’heures à marcher aujourd’hui. Juste faire autre chose, ou rien même, tant qu’à faire. Ne pas penser Trieste, penser ici, penser maintenant. Se donner du temps, même si l’on n’en a pas tant que ça en réserve. Parfois quelques jours de repos suffisent à remettre un moral balançant sur de bons rails. Parfois il en faut un peu plus. Cette fois… on verra!

2 commentaires sur “L’Europe à pied, semaine 20

    • Ciao!

      Ça va mieux, merci. Juste besoin d’un peu de repos, histoire de laisser passer l’orage.

      Pour ce qui est d’y arriver, la carte de l’Europe me parait quand même beaucoup plus grande que quand je me déplaçais sur deux-roues ! Mais bon, un pied devant l’autre et voir jusqu’où j’arrive…

      Becs