L’Europe à pied, semaine 2

L’aventure continue cette semaine avec la fin de la chaîne du Jura. Au programme, quelques textes, des images et une mise à jour du compteur.

28 avril 2017: Pas vu venir

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J’ai pourtant grandi dans ces montagnes. J’ai pourtant un souvenir très net dans lequel je vois des flocons tomber un premier juin. Je revois aussi ces immenses tas de neige sur lesquels on jouait, creusait des tunnels et qu’on transformait en forteresses imprenables, défendues à coup de millions de boules de neige. Oui, au Jura il neige, souvent beaucoup, souvent tard; un pays de loup, comme disait l’autre. Pourtant, quand j’ai préparé ma randonnée et étudié quel équipement il me faudrait, jamais ne m’est passé par la tête l’idée que je pourrais avoir de la neige fin avril au Jura. Que j’en aurai un peu en été dans les alpes me paraissait aller de soi, ça arrive chaque année. Mais à aucun moment je n’ai douté du bien fondé de ma décision de partir avec des chaussures basses, parce que jusqu’à Monaco le chemin que j’allais emprunter passait par des pâturages et des forêts, principalement, et ne devait être qu’une simple formalité, ou plutôt un bon échauffement pour la Via Alpina.

Quand j’ouvre les yeux ce matin à Vallorbe, je vois du blanc, encore, pour le troisième jour consécutif. Au moment de lever le camp il me semble pourtant que l’air a changé, s’est réchauffé, et que la neige et l’hiver ont laissé la place à une fine pluie froide de printemps. Le sentier s’élève et me confirme cette impression, du moins jusqu’à ce que n’atteigne la crête qui me mènera à la Dent de Vaulion. Tout à coup, en raison du vent qui souffle ici, le paysage redevient hivernal; on pourrait croire qu’il fait ici -40° depuis des semaines. La neige est légère et sur les branches des arbres s’amoncellent à l’horizontale des cristaux de neige allongés semblant défier la gravité.

Dans la dernière montée vers le Mont Tendre, quinze à vingt centimètres de neige fraiche et poudreuse ralentit ma progression. Des bourrasques, entrecoupées de quelques éclaircies, rythment ma lente montée. Je cherche au loin les signes m’indiquant mon chemin, certains étant ensevelis et devenus invisibles. Plus je m’approche de la crête, plus la répartition de la neige devient inégale; aux passages presque exemptés succèdent les congères. Je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse dans l’une d’entre-elles, et n’ai d’autre choix que de ramper quelques mètres, sur les genoux, pour la passer. D’autres, plus modestes, m’avalent jusqu’aux genoux, trempant au passage mes chaussures et mon pantalon.

Quand je trouve un chalet avec une partie ouverte mais couverte, peu après avoir dépassé le sommet du Mont Tendre, je n’hésite pas une seconde et m’y installe; pas très envie de creuser la neige pour y monter ma tente! Je regarde ma carte, encore et encore, cherchant la meilleure solution pour demain; continuer sur la crête enneigée jusqu’à St-Cergue ou descendre directement vers Le Sentier, avant de remonter la vallée de Joux jusqu’à la France. C’est finalement cette dernière qui l’emportera. Tant pis pour le Chemin des Crêtes du Jura, qu’il faudra d’ailleurs que je fasse en entier à l’occasion.

2 commentaires sur “L’Europe à pied, semaine 2

    • Merci!!! Elle demande discipline, pas ma plus grande qualité, et un peu plus de boulot, pas le truc que je préfère… Mais si elle plaît, je vais continuer d’essayer de faire l’effort nécessaire. 🙂