L’Europe à pied, semaine 17

13 août 2017: J’les aime pas, j’les aime pas, j’les aime pas!

« J’aime mieux fuir les hommes que les haïr », écrivait Rousseau. Afin de supprimer tout malentendu, je tiens à préciser que je ne cite pas Rousseau, mais plutôt Sylvain Tesson citant Rousseau, dans son livre Dans les forêts de Sibérie . Et si je cite Tesson, c’est uniquement parce qu’une fille qui avait de grosses traces noires sur le visage parce qu’elle venait de réparer une crevaison sur son vélo me l’avait recommandé, et que quand une fille comme ça te dit de lire un truc, ben t’obéis mieux que quand c’est ta vielle prof de littérature à l’école qui te recommande de lire Rousseau.

Assis devant une boulangerie à Maloja, je constate avec dépit le primitivisme de l’espèce humaine; sur les dix personnes se présentant successivement à la porte de l’établissement, deux arrachent presque la poignée en tentant d’ouvrir la porte, six autres essaient avec un peu moins de brusquerie, puis regardent à travers la porte, la main entre leur visage et la vitre pour supprimer le reflet. Il y en a quand même deux pour voir le panneau « Chiuso » dans la vitrine et lire les horaires affichés sur la porte plutôt que d’essayer d’abord de la forcer.

Dans la descente vers Taufers, je rattrape des gens ralentis par des troncs gisant sur le sentier. Comme ils se plaignent, je leur demande s’ils n’ont pas lu que le chemin était fermé jusqu’en octobre en raison de coupe de bois; une feuille A4 affichée un peu plus haut l’expliquait. Le premier groupe de trois personnes n’a pas vu la feuille, le deuxième groupe l’a vue mais ne l’a pas lue…

J’ai beaucoup appris au contact des autres durant le voyage et j’ai, me semble-t-il, progressé en matière de tolérance et d’ouverture d’esprit. Être invité à boire une bière dans un camping-car m’a permis de comprendre que pour ceux qui m’y ont accueillis, cette forme de voyage était un gros sacrifice de confort et un accès à une forme de liberté; exactement comme le vélo pour moi. Une voyageuse sur un vélo électrique m’a expliqué qu’elle n’aurait jamais osé se lancer avec un vélo classique. Je pourrais citer encore de nombreux autres exemples. Et pourtant je sens que, d’une certaine manière, retourner vivre au quotidien dans le monde « civilisé » sera parfois compliqué.