L’Europe à pied, semaine 16

9 août 2017: C’est décidé!

S’il fallait retenir une seule raison de fréquenter les refuges plutôt que de dormir sous tente, ça serait celle des rencontres; que l’on voyage seul ou à plusieurs, on se retrouve généralement mélangé à d’autres lors du repas du soir. L’occasion idéale de rencontrer des gens de divers horizons, de partager son histoire et d’en entendre d’autres.

Lors de notre soirée au refuge proche du glacier d’Aletsch avec Mariella et Margot, nous avons partagé notre table avec un couple d’Allemands. Parmi les divers sujets dont nous avons parlé figurait leur baignade dans le petit lac situé en contrebas de la cabane, et dont l’eau était glaciale. L’argument avancé par l’homme était qu’il fallait décider déjà avant d’y aller qu’on irait se baigner, si l’on voulait être sûr de ne pas faire demi-tour une fois arrivé à hauteur de genoux.

Plutôt que de professer que « Quand on veut, on peut! », peut-être serait-il beaucoup plus juste d’affirmer qu’il faut beaucoup de force pour arrêter qui a pris une décision. Tiens, il me vient à l’esprit que l’expression existe, plus ou moins; elle dit qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif…

Les chiens ne font pas des chats, voilà une autre expression. Ma sœur, malgré un itinéraire long et difficile, est arrivée jusqu’au bout de celui-ci. J’avais pourtant fait en sorte de pouvoir l’abréger avant la fin, ou même de prendre le bus sur quelques kilomètres. Mais rien à faire; Sarah avait décidé de rejoindre Mesocco à pied, coûte que coûte, et a serré les dents une partie du temps les deux derniers jours.

En ce qui me concerne, malgré les doutes qui m’envahissent parfois, je crois que j’ai décidé que j’irais en Grèce et que je rentrerais par l’Italie. Ça s’est fait comme ça, de manière inconsciente, et j’ai plus ou moins été mis face au fait accompli. Alors je marche, même quand le cœur n’y est pas tout à fait. Certains jours, j’en arrive presque à espérer une foulure de la cheville, une tendinite ou un vol de mon sac-à-dos pour avoir une bonne excuse pour rentrer. D’autres, je réalise que les deux tiers de mon voyage sont derrière moi et qu’il ne me reste que huit mois à profiter de mon mode de vie actuel. Mais peut importe quelles pensées bercent mes journées, puisque c’est une décision qui guide mes pas, et que quand un âne a décidé qu’il avait soif d’Europe, il marche, du matin au soir, sous un soleil brulant ou sous une pluie battante, et avec toujours la conviction de faire ce qui est juste.