L’Europe à pied, semaine 16

Les alpes se font plus douces cette semaine, et les endroits où je plante ma tente battent des records de beauté. Je suis en route vers l’est, tout en sachant qu’il faudra tôt ou tard repartir vers le nord pour passer, comme le promet la Via Alpina, par les huit pays alpins qui comprennent le Lichtenstein et l’Allemagne.

4 août 2017: La semaine en un clin d’œil

Du col de Niemet, à la frontière italo-suisse, le chemin descend jusqu’à Innerferrera avant de remonter l’ Averstal jusqu’à Juf. Les montagnes aux pentes abruptes et les vallées profondes du Tessin ont laissé place à un relief différent: de larges alpages au-dessus de deux mille mètres et donc dénués d’arbres, surplombé de montagnes rocheuses mais aux pentes douces. De nombreux lacs ça et là me procurent des coins idylliques pour planter ma tente.

Après avoir franchi le col de Forcellina et campé un peu plus loin le premier jour, je descend au Septimerpass avant de remonter au col de Lunghin. Ici se trouve l’unique point de partage des eaux d’Europe qui mène à trois mers différentes. Plus bas se trouve le lac du même nom que le col, où l’Inn prend sa source, avant de commencer son parcours de quelques 520km qui l’amènera jusqu’à Passau pour mélanger ses eaux à celles du Danube et filer vers la Mer Noire.

La descente vers Maloja m’offre un jolie vue sur les lacs de Haute-Engadine, que je dois toutefois partager avec pas mal de monde. De l’autre côté de la vallée, mon chemin reprend la route de l’Italie pour contourner les alpes Bernina par le sud. Alors que pour une fois j’avais commencé mon dimanche par une heure de lecture, un orage se déclare et durera la plus grande partie de la journée. Repos forcé bienvenu, au-dessus du hameau de Chiarregio. Je reprend la route le lendemain avec l’ambition de rejoindre la Suisse par le col de Cancian. Je rejoins pour ce faire tout d’abord le Lago Palù, avant de continuer vers le lac artificiel de Campomoro. L’ascension finale jusqu’à la frontière m’offre une succession de lacs et il me faut beaucoup de détermination pour ne pas céder à la tentation de planter ma tente par là.

Je retourne en Suisse pour moins de vingt-quatre heures, le temps de descendre à Poschiavo et d’y faire des courses, puis de remonter de l’autre côté de la vallée. J’apprends en appelant Vincent qu’il pleut déjà des cordes à Fribourg, mais la perturbation qui arrive depuis l’ouest ne me touchera qu’une fois la tente plantée et le souper terminé. J’ai droit à une soirée disco dans ma tente, les éclairs, lointains, éclairant la toile à la manière d’un spot stroboscopique.

Arrivé au-dessus de Tirano, le chemin reprend la direction du nord. Après une première grosse montée, l’essentiel du parcours suit un courbe de niveau et le dénivelé reste modeste, alors que les kilomètres parcourus augmentent. Une nuit dans un refuge non gardé, avant de reprendre la route vers le col de Vermolera, à plus de 2700 m d’altitude. Le temps est menaçant et j’avance par étapes; à chaque possibilité de bivouac je décide de continuer ou non. Être surpris par l’orage à cette altitude n’est pas une option envisageable. Le passage du col se passe bien, mais la pluie et l’orage se déclarent lorsque j’atteins le refuge d’Eita deux heures plus tard. J’y attends une heure, puis deux, scrutant régulièrement le ciel. Finalement, comme aucune amélioration ne semble se dessiner, je décide de dormir au refuge. J’y ferai la connaissance d’un couple d’Allemands qui voyagent en VTT et passerai une excellente soirée en leur compagnie.