L’Europe à pied, semaine 15

29 juillet 2017: Trop pour un seul jour

Ce samedi matin, et pour le deuxième jour d’affilé, je n’éteins pas simplement le réveil lorsqu’il sonne à six heure, mais je me lève également. Ce qui m’attend aujourd’hui n’est pas triste; je me suis arrêté plus tôt que prévu hier car je craignais de ne pas trouver d’endroit pour planter ma tente après les deux heures de montée qui m’attendaient. Au programme donc: un premier col pour arriver à Sonogno, indiqué à six heures de marche. De Sonogno, montée à la cabane d’Efra, donnée à quatre heures de marche supplémentaires. Je pourrais m’arrêter là, mais il faudrait que je commence à marcher à cinq heure dimanche pour arriver dans les temps, sans compter que j’aurais alors déjà plus de 2000m de descente dans les jambes; pas terrible pour attaquer la montée suivante! Dans l’idéal donc, marcher encore trois ou quatre heures après la cabane d’Efra. Plus de treize heures de marche au total…

Je commence donc tôt, à sept heure trente. Avec un bon rythme et sans faire de pause, j’atteins Sonogno à midi trente déjà, avec une heure d’avance sur mon objectif, mais avec les pieds en feu. Après avoir avalé mon pique-nique, je me dis que j’ai bien mérité un petit café sur la terrasse qui se trouve juste là. Au moment de repartir, à quatorze heure et parfaitement dans les temps, je crois Charlotte, Suzanne et Elvio, trois fribourgeois également en route à pied et qui ont eux aussi de gros sacs à dos. On engage tout naturellement la discussion et comme on se dirige tous vers la cabane d’Efra, on continue la discussion en commençant à marcher.

Après une heure à parler de tout et de rien, mais quand même surtout de randonnée, de Via Alpina et de voyage à vélo, nous nous séparons quand ils décident de faire une courte halte vers un bassin, qui donnait en effet très envie de se rafraichir un peu. Alors que je me voyais foncer à toute vitesse jusqu’au sommet, je tombe sur un couple de thurgoviens; lui, tout rouge et soufflant, elle pas beaucoup mieux mais en boitant en plus. Pris de pitié je leur propose de l’aide: mes bâtons d’abord, puis le sac de couchage pour alléger un peu le sac, avant de finir carrément avec le sac à dos de la demoiselle. Mine de rien, un sac à dos de plus de dix kilos à l’avant ça aide pour l’équilibre. Par contre, je ne suis pas mécontent de pouvoir le donner au pote avec qui ils sont, lorsque nous le rejoignons quarante minutes plus tard.

Quand nous arrivons finalement au lac où ils comptent bivouaquer, je les salue rapidement pour me remettre en route. Arrivent en même temps… les trois fribourgeois. Je continue la montée jusqu’à la cabane avec eux, à une trentaine de minute de marche. Arrivé à la cabane à dix-neuf heure, je dois me décider; il reste trente minute jusqu’au col, puis environ 1000m à descendre avant que la pente s’adoucisse un peu. Il pleut légèrement, mais ça n’a pas l’air trop grave et je décide de me lancer sans trop tarder, pour éviter d’avoir à descendre dans la pente raide à la lueur de ma lampe frontale, qui a un faux contact et éclaire selon ses envies propres.

À peine le col franchi, la fine pluie devient une bonne averse. J’entends bien quelques coups de tonnerre, mais semblent encore éloignés. Quand j’atteins la limite de arbres, ou des arbustes plutôt, l’orage est arrivé à ma hauteur: grêle et tonnerre qui gronde trois secondes après l’éclair. Trois seconde, donc un kilomètre; vu la pente dans laquelle je me trouve, je ne risque pas grand chose en ce qui concerne la foudre. Par contre, je dois faire très attention à ne pas glisser sur l’étroit sentier devenu torrent. Je continue ma descente en m’interdisant de penser à l’orage et en étant uniquement concentré sur mes pas. L’orage passe, comme toujours. Arrivé à 1200m d’altitude, je dois traverser un torrent, légèrement gonflé par la pluie. Au moment où je bascule mon poids sur l’ilot central, petit tas de pierres, celui-ci se dérobe sous mes pieds et je me retrouve à plat ventre dans l’eau. Je me relève pour constater que je n’ai rien, et que je ne suis même pas plus mouillé qu’avant…

21h15, je sors la lampe frontale; le peu de lumière restant est définitivement insuffisant lorsque j’entre dans la forêt, mais le chemin se fait large et facile. Un peu plus d’un kilomètre me sépare encore d’une cabane non-gardée où je compte passer la nuit. Trente minute plus tard, j’aperçois de la lumière venant d’une fenêtre. Je m’approche avec un sentiment de victoire. Je passe la tête par la porte ouverte, aperçois une carte accrochée au mur; je dois être arrivé. Aussitôt qu’ils me voient, et une fois l’effet de surprise passé, Silvio, Alessio, Frank et Marco me disent d’entrer. En cinq minutes je me retrouve assis à la table, une belle assiette devant moi, ainsi qu’un verre de vin. On me dit de manger, puis on me dit que je suis fou, et finalement on me questionne.

Après plus de dix minutes de conversation, j’apprends que je ne suis pas dans la cabane où je comptait aller, qui se trouve à dix minutes de marche. Je me trouve dans le chalet que Silvio loue, et les quatre amis y font ce soir, comme une fois chaque année, une dégustation de vin. La soirée se poursuit, je mange, goute quelques-uns de leurs vins, on discute, on rigole. Les quatre parlent relativement bien le français, ce qui facilite les échanges, et Silvio les ramène à l’ordre quand les autres parlent trop longtemps tessinois. Finalement, après le dessert, le café et quelques grappas, je suis invité à passer la nuit là, plutôt que de continuer jusqu’au refuge suivant.

Debout à six heure, couché après minuit, mais surtout un nombre de rencontres et d’événements beaucoup trop élevé pour être casés dans une seule journée!

6 commentaires sur “L’Europe à pied, semaine 15

  1. Hey Lucky! C’est que tu vieillis aujourd’hui et comme je n’ai pas ton email, je passe par ici pour te souhaiter mes bons vœux d’anniversaire!
    Incroyable de lire ton aventure…tu me fais voyager, rêver et peur en même temps! Sacrées aventures que tu vis là! Par contre, j’espère qu’on te manquera bientôt, quand même einh, parce que j’ai vu tes dépenses et je la sens venir que le 1er avril prochain, tu vas nous annoncer que tu pars pour un troisième tour d’Europe à poil et sur les mains!
    Bref, tu fais ce que tu veux mais t’oublies pas qu’on t’aime stp c’est ça l’essentiel!
    Des becs!
    Aurélia

    • Merci pour ces quelques lignes Aurélia, ça fait chaud au cœur. Le compte en banque fond comme neige au soleil, et l’envie de continuer aussi un peu à vrai dire.

      Mais s’il fallait continuer, j’irai passer une année dans une cabane en rondins dans un coin perdu de Finlande au bord d’un lac. Voilà ce qui arrive quand on lit Walden de Thoreau, Dans les forêts de Sibérie de Tesson, et quelques Paasilinna durant le même voyage. 🙂

      Becs

  2. Wow, tes photos et tes textes sont toujours aussi beaux Luca! Magnifique et BRAVO pour ton périple, c’est génial et je crois savoir que ta chère soeur a beaucoup aimé! Belle suite et à bientôt!

  3. En voyant les photos de la suite du trajet… je regrette presque d’être repartie si vite…
    Mais pas mes cuisses, qui avaient bien besoin de quelques jours pour se remettre…
    C’était trop bien. Merci pour ces quelques jours.