Le problème, c’est les autres!

 MitDiego

Ben ouais! Comment veux-tu que je plante et déplante ma tente quotidiennement, que je roule 6-7h, que je mange en quantité astronomique de la nourriture tout sauf gastronomique ET que je tienne à jour un blog avec de belles photos si je croise sans arrêt du monde? C’était plus simple au printemps…

Tout d’abord, afin de calmer les ardeurs des jeunes hommes qui lisent ce blog: 80% des cyclistes que je croise sont des mâles de 40 ans et plus, originaires des Pays-Bas et d’Allemagne. Si vous cherchez la femme de votre vie, faites plutôt un stage d’été de natation synchronisée, un post-doctorat en école de couture ou une sortie shopping-soldes dans une capitale, même si dans ce dernier cas la recherche de la bonne affaire et le stress engendré laisse peu de temps aux rencontres. 🙂

Meeeehh revenons à nos moutons: après avoir quitté le grand nord, j’ai croisé Jens, juste avant Alta. On a roulé ensemble ce jour là, et planté la tente au même endroit. Le lendemain, je me suis aperçu que cet allemand d’un peu plus de quarante ans était bien trop matinal pour moi… On s’est quitté, puis retrouvé quelques fois, planté nos tentes au même endroit, roulé un peu ensemble avant que je ne m’arrête pour quelques jours dans les Lofoten pour mes « vacances » à la pluie.

Le jour après avoir quitté les Lofoten, je tombe sur Aigars à Ørnes; un letton, un peu moins de la trentaine, il attend le même ferry que moi. On passera finalement 7 jours à rouler ensemble. On se sépare à Trondheim, lui partant vers Oslo et moi vers Bergen avec Martin, un autre allemand de quarante ans avec qui je roulerai de mardi à samedi. Pas une minute à moi donc, d’autant plus que le mercredi suivant, Diego (sur la photo du haut) doit me rendre visite à Bergen (finalement il aura un jour de retard, ce qui me fera changer d’idée et de direction, et on se rejoindra à Lom). Et je ne parle ici que des relations longues durées; entre deux il y a encore toutes les rencontres qui durent cinq, dix ou quinze minutes, juste un arrêt, un petit échange verbal, un conseil pour une route, un compliment sur le vélo, etc, ou alors « un café en attendant le prochain ferry dans 30 minutes » qui, deux heures plus tard, devient un « bon faut que j’y aille, j’aimerais pas rater le dernier ferry ».

Voilà, le décors est planté, ma vie sociale est devenue plus intense que ma vie virtuelle ces dernières semaines. Et alors, c’était bien? (Se demanda-t-il un soir avant de s’endormir) Bien sûr, oui, mais c’était aussi super de se retrouver seul après un moment! Je ne vais pas parler de mon côté solitaire, on est pas là pour parler de moi, mais plutôt balancer quelques banalités qui me sont apparues pendant ces longs moments de co-pédalage. (Pour rappel, ceux qui sont ici juste pour les images, elles se trouvent tout en bas. Je pense que ça commence à devenir un peu long tout ce blabla…)

Voyager seul, c’est génial: tu te lèves quand tu veux, tu pédales autant que veux, tu manges quand tu veux et ce que tu veux, bref, moi-moi-moi. Mais assez vite, on se rend compte qu’on est pas si seul; les automobilistes te font des signes, on te pose des questions quand tu t’arrête quelque part, on s’intéresse à ce que tu fais là ou tu cherches à trouver quelqu’un à qui raconter un peu ta vie. Tout le monde ne réagit pas non plus de la même manière à tout ça: un des gars avec qui j’ai roulé était agacé par les sourires des automobilistes! On a tous notre histoire et notre sensibilité.

Et c’est justement là que ça devient compliqué, et simple à la fois. On est tous différents, il parait, mais on se ressemble aussi beaucoup, des fois. Et je pense qu’il n’y a pas de miracles à ce niveau là : ça passe ou ça casse. Avec Jens, le contact était très bon, mais impossible d’adapter mon rythme au sien, et qu’est-ce qu’il pouvait parler! 🙂 Avec Martin, pas mal de compromis de part et d’autre (il devait se lever super tôt pour qu’on puisse, d’après moi, ne pas partir trop tard, vers 9h), et ça aurait probablement été dur pour les deux de rouler plusieurs semaines ensemble. Avec Aigars ça jouait, en tout cas pour moi, jamais eu de problème et pas vu passer les 7 jours. C’est comme ça, y a des gens avec qui on peut très bien travailler mais avec qui on irait jamais en vacances!

Il serait par contre injuste de dire que ces rencontres n’apportent rien, bien au contraire. Cette confrontation des habitudes, des pensées et des croyances est terriblement bénéfique, que ce soit pour se remettre en question et ajuster sa façon de voir ou de faire, un peu à la manière dont on corrigerait une trajectoire en voiture, c’est-à-dire en donnant des petits coups de volant, ou pour consolider sa façon de voir les choses en devant les remettre en question et trouver des arguments un peu plus solides que des « j’ai toujours fait comme ça et ça fonctionne bien ».

Pour conclure je pourrais citer le groupe de musique « La rue Ketanou » qui, dans leur chanson « Tu parles trop », disait, et je trouve ça assez juste, qu’il « faut se remplir quand on se vide ». Et voyez le pâté que je vous sers aujourd’hui, après m’être rempli ces dernières semaines au contact des autres! (Et, par respect pour votre précieux temps, j’essaie de rester concis…)

Place maintenant aux quelques images que j’ai pu faire entre les rencontres, les jours pluvieux et les moments où j’avais la flemme de faire quoi que ce soit. Merci pour la lecture, et bon début de fin d’été à tous! 🙂