Dérèglement de compte à rebours

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Qu’est-ce qui peut bien se cacher derrière un titre pareil? Un TIM, j’ai nommé, Titre à Interprétation Multiple; lisez tranquillement l’article, puis vous pourrez décider quels mots vous désirez garder pour que le titre corresponde à ce que vous venez de lire.

Voyager à vélo, contrairement à un vol en avion à l’autre bout du monde par exemple, permet de « sentir » la nature se modifier progressivement. Je veux dire, si je prends l’avion pour le Canada demain, j’atterrirai dans un environnement complètement différent du point de vue de l’environnement, du climat, de la langue, de la culture, etc. Un espèce d’électrochoc sensoriel qui, finalement, ne doit pas être très éloigné de ce que ressent un astronaute débarquant sur la lune.

Sur mon vélo, depuis la Suisse jusque dans le « very north » de l’Europe, tout ça se passe un peu moins vite, en général. Prenons la langue, par exemple; après avoir quitté l’Autriche et son semblant de langue allemande, je me retrouve dans une zone de langues slaves. La Slovaquie, la Pologne et la Russie appartiennent à cette famille, et je peux, après un moment, reconnaitre certains mots d’un pays à l’autre. Puis j’arrive en Lituanie, et le rapprochement est beaucoup plus difficile. Plus haut, en Estonie, je change de famille et les mots que j’y apprends pourront me servir quasiment à l’identique en Finlande. Et enfin, 2000 km plus loin, je retombe sur une langue germanique en Norvège. Quand les gens parlent, je ne comprend rien, mais quand je lis les ingrédients d’un article dans un supermarché je sais à peu près de quoi il s’agit.

Il en va de même pour la faune et la flore, pour les enseignes des supermarchés, le type de produits qu’on y trouve, etc. Mais un des changement le plus marquant est bien évidement le soleil. En me déplaçant vers l’est d’abord, j’ai décalé mes heures d’ensoleillement dans la journée : il faisait toujours nuit vers 19h, comme au début du mois d’avril en quittant la Suisse, mais le jour se levait déjà beaucoup plus tôt. J’ai même hésité plusieurs fois à ajuster ma montre aux heures d’ensoleillement effectives! Puis en montant vers le nord, les nuits se sont raccourcies jusqu’à disparaître complètement. Impossible de savoir s’il faut dire « bonne nuit » ou « bonne chance » à un norvégien qui vous dit qu’il va se coucher… On apprend à l’école que le soleil se lève à l’est, montre le sud à midi, se couche à l’ouest, mais qu’on ne le verra jamais au nord; pourtant, hier soir à minuit, ma boussole pointait exactement en direction du soleil.

Et après avoir atteint le point le plus au nord du continent le jour le plus long de l’année, je reprend ma route vers le sud au même rythme. Avant d’arriver sur la pointe de Tarifa (le point le plus au sud du continent) en Espagne, les rennes vont laisser place aux chevreuils à nouveau, la nuit réapparaître, les langues se mélanger peu à peu ou changer distinctement de famille, le climat se réchauffer et ma barbe continuer à pousser…

Ce qui ne change pas, c’est le sourire accroché sur la figure d’un cycliste blondinet qui prend son pied sur les routes d’Europe! 🙂