De tout en-haut à tout en-bas

Napoleon Hill a dit qu’un objectif est un rêve avec une date limite. En quittant Mehamn, tout au nord de l’Europe, la péninsule ibérique me paraissait bien trop éloignée pour en faire un objectif, et ce que je connaissais de la région était loin de me faire rêver : production de fruits et légumes peu respectueuse de l’environnement et plages pour fêtards étrangers…

Armé de mon credential, sorte de passeport du pèlerin, obtenu au bureau du chemin de St-Jacques de Compostelle à St-Jean-Pied-de-Port, j’étais prêt à affronter le nord de l’Espagne, qu’on m’avais promis pluvieux en décembre, ce qui explique ma préférence pour le « camino francés » qui passe plus à l’intérieur des terres et supposé plus sec que son voisin le « camino del norte ». Mais comme souvent quand j’essaie de faire des plans, il aura fallu très peu de temps pour les changer puisque le premier espagnol que j’ai croisé, à l’auberge de St-Jean, m’a vivement recommandé le chemin suivant la côte, me décrivant celui que je voulais emprunter comme ennuyeux.

Pourquoi St-Jacques de Compostelle, d’ailleurs, me demanderez-vous? Premièrement parce qu’il se trouvait sur mon chemin. Également parce qu’une auberge comprenant lit dans un dortoir, chauffage, douche chaude, wifi et cuisine, pour 5-6 euros la nuit m’a fait me demander s’il était bien raisonnable de monter ma tente tous les jours en décembre dans un pays où le camping sauvage est interdit. Enfin parce que c’était l’occasion de rencontrer des gens de divers horizons. J’ai donc opté pour un Camino de Santiago avec options, m’écartant du chemin quand je voulais visiter un endroit en particulier.

Après 4 jours je quitte les terres pour San Sebastián et la côte nord. Je découvre une nature magnifique, des montagnes au bord de la mer, de petites villes pleines de charme et de vie et une nourriture délicieuse tant de la mer que des terres. Après avoir suivi la côte jusqu’à San Vincente de la Barquera je m’attaque aux Picos de Europa, majestueuses montagnes enneigées dans lesquels je m’amuserai quelques jours à vélo ou à pied. Ma route continue ensuite jusqu’à la « fin du monde », le cap Finisterre, après quoi je rejoins enfin St-Jacques de Compostelle où je m’octroie un jour de repos. Finalement, en 4 semaines j’aurai eu deux jours pluvieux, deux couverts et deux de brouillard.

Je quitte St-Jacques et l’Espagne à contrecœur; j’aurais voulu rester encore un jour, une semaine, un mois… Pauvre Portugal qui voit arriver un visiteur qui n’a aucune envie d’être là! Mais à force de rencontres,dans les auberges de Porto et de Lisbonne, ou les deux suisses à vélo à Nazaré, je finis par retrouver un état d’esprit plus positif. Plus je vais au sud, plus le paysage devient sauvage, ce qui me va le mieux. Je fais également la rencontre de Sandra et de son chien Tornade, qui voyagent également à vélo et on roulera ensemble pendant une petite semaine jusqu’au sud du pays.

Repartir seul après avoir roulé à deux quelques jours est toujours difficile pour moi et c’est sans grand entrain que je rejoins à nouveau l’Espagne, pour attaquer sa côte sud cette fois. Mais avant cela, un petit détour symbolique: Tarifa, le point le plus au sud du continent européen. A travers un paysage plat et voué à l’agriculture et à l’énergieculture (panneaux solaires), je m’ennuie un peu, pour ne pas dire franchement, jusqu’à hauteur de Cadiz. Puis au terme de deux beaux derniers jours de voyage j’arrive à Tarifa. Cette fois, contrairement au cap Nordkinn au nord et celui de Roca à l’est, ça n’est pas que mer à l’horizon laissant à l’imagination la tâche de dessiner ce qui se trouve au-delà. Ici on distingue clairement les courbes de l’Afrique se trouvant à porté de main, séparée du continent européen par une bande d’eau salée d’à peine 15km.

Un dernier couché de soleil magnifique sur l’Atlantique; est-ce que j’aurai jamais l’occasion d’en revoir un un jour? Puis je me rends sur une petite coline dominant la ville et pose ma tente face à la côte africaine. Je me couche en mettant un réveil pour la première fois depuis des lustres, car sous aucun prétexte je ne veux manquer le levé du soleil sur la méditerrané; petit homme qui veut faire le tour d’Europe à vélo en une année a besoin, parfois, de se rappeler que le soleil fait le tour du monde une fois par jour, et ce depuis des milliards d’années. Petit, tout petit…

Depuis quelques temps, et dorénavant plus que jamais, quand les gens, intrigués, me demandent quelle est ma prochaine destination, je leur réponds « la Suisse! » avant de leur expliquer la suite du voyage, de quel rêve j’ambitionne de faire un objectif cet été. Mais vous chers lecteurs, vous devrez encore patienter jusqu’à ce que j’aie écrit l’article.

8 commentaires sur “De tout en-haut à tout en-bas

    • Bonjour, et merci pour ce gentil commentaire! 🙂

      Pour le retour en Suisse, ou le passage en Suisse, pour être plus exact, je vais laisser la neige fondre un peu là-bas ! 😉