Comme tout le monde

Il m’aura fallu plus de cinq semaines en Croatie pour apprendre que « pousser » se dit guraj. Il m’aura fallu plus de trente ans pour qu’une porte se mette à me parler; perdu dans des pays où je ne comprends pas le language de humains, les portes volent à mon secours et me souhaitent « courage » quand les doutes tendent à emplir mes pensées.

Je pousse, délicatement et avec respect, la porte de l’office de poste, la remerciant mentalement pour son soutient. Ce discret clin d’œil de la vie me donne ce petit élan nécessaire à quitter Metković. Car je laisse derrière moi plus qu’une ville où je n’ai pas passé plus de deux heures: je quitte un pays qui m’a apporté tant de rencontres, tant de surprises, tant d’émotions, que le fait de devoir commencer à nouveau à zéro dans un autre pays me coupe littéralement les jambes.

Au terme de cinq jours de marche dans le fond d’une vallée, suivant principalement une ancienne voie ferrée qui reliait autrefois Sarajevo à Dubrovnik, je rejoins la ville de Trebinje. Tout autour de la ville se trouvent dispersées plusieurs forteresses datant de l’Empire austro-hongrois, qui s’étendait jusqu’en Bosnie-Herzégovine avant sa chute suite à la perte de la première guerre mondiale.

Après être resté quelques jours à Trebinje, je décide de faire « comme tout le monde » pendant un moment. Comme tout le monde, ou du moins comme la plupart des voyageurs que je croise dans les Balkans: de ville en ville, d’auberge en auberge. Je suis d’ailleurs surpris de voir autant de monde à une période de l’année ou je ne m’attendais pas vraiment à faire des rencontres; beaucoup de canadiens, des américains, des australiens. Toutefois, contrairement à ces backpackers , je continue à relier les villes à pied et entre deux étapes se glissent quelques nuits sous tente, voire dans une ruine ou encore à la belle étoile.

De Trebinje à Herceg Novi, au Monténégro. De Herceg Novi à Kotor et sa magnifique baie, où je passerai cinq nuits. De Kotor à Budva, avant de longer la côte par des routes fréquentées, à défaut de véritable option en raison de la neige qui est tombée jusqu’à basse altitude. Après la côte monténégrine, je quitte les pays de l’ex-Yougoslavie et rejoins l’Albanie. Une halte à Shkodër, puis cinq jours de marche à travers la campagne pour rejoindre le littoral une nouvelle fois, à Durrës.

Dans chaque auberge, des rencontres, des échanges. Des petits moments de souvenirs qui viennent garnir les étagères de ma mémoire déjà bien remplies. La plupart d’entres-eux disparaitront dans les méandres de mon cerveau à jamais avant même d’avoir eu le temps de prendre la poussière. Peu importe, mon mode de vie actuel ne se veut pas constructif; je vis au jour le jour, les rencontres et les lieux sont éphémères. Le nomadisme est un mode de vie qui remplace la profondeur par l’intensité et le confort par la légèreté. Et en général ça me va, même si parfois j’aimerais bien avoir les deux, un peu comme tout le monde.

6 commentaires sur “Comme tout le monde

  1. Super Luca, wo bist du denn jetzt ungefähr? Leider kann ich kein französisch. Wir wünschen Dir einen schönen Tag. Wir sind zuhause im wärmen bettchen. Letzte Nacht ist Schnee gefallen und wir gehen gleich auf Schlitten Fahrt. Grüße aus Bad Vilbel Julijan en Mark van den Hof

    • Hallo Jungs! Morgen komme ich in Griechenland an. Sehr warm ist es hier auch nicht unbedingt, und in Mazedonien hatte ich auch mal noch ein halben Meter Schnee auf dem Wanderweg!

      Alles gute und liebe Grüße.