C’est pas la taille qui compte!

-Soixante-quatre!
-Pas possible. T’es sûr qu’elle fonctionne correctement?
-Oui. On peut faire un autre essai si tu veux…
-Ok, et avec quelqu’un d’autre.
-…
-Alors?
-Soixante-trois et des poussières.
-…
-…
-Bordel!

On me l’a demandé maintes fois durant le voyage et j’ai toujours essayé de rester évasif: « Trop! » étais ma réponse préférée. Mais certains ne se contentaient pas de cette réponse et voulaient absolument un chiffre; j’avançais alors celui de 45-50kg, ne sachant pas précisément le poids total du vélo moi-même. En partant, me semble-t-il, je savais que j’étais assez confortablement au-dessus des 50kg, mais à force de minimiser pour ne pas effrayer ceux qui insistaient pour savoir j’ai fini par croire qu’il en faisait effectivement quarante-cinq.

Claude, qui a proposé de m’héberger pour la nuit lorsqu’on s’est croisés une trentaine de kilomètres avant Gap, au sud de Grenoble, ne pouvait pas se contenter de mes estimations; il voulais savoir! Il monte sur la balance, puis répète l’opération en portant mon vélo. Le verdict tombe: environ 64kg. J’ai du mal à y croire, mais je dois m’incliner face à la précision de la technologie, le fruit de millions d’années d’évolution de la race humaine pour s’élever par mis les bêtes et ayant permis à l’homme moderne d’inventer le pèse-personne. Soixante-quatre kilogrammes donc, pour un cycliste en pesant à peine cinq de plus…

Ce qui est marrant, c’est d’essayer d’imaginer comment j’aurais réagi si j’avais pesé le vélo avant de partir. Je suis assez sûr que j’aurais réussi à me convaincre qu’il est impossible de franchir un col à 1800m avec un tel bagage. J’aurais soit arrangé ma route pour éviter le col de l’Arlberg, et d’autres plus tard, soit réduit drastiquement mon équipement pour gagner une dizaine de kilos, au moins. C’est l’histoire assez classique du gars qui aurait refusé de faire ce qu’il a fait parce qu’il savait que c’était impossible.

Ce qui est moins marrant et qui fut ma première pensée, c’est que je vais devoir passer de 64kg à 15kg pour la suite du voyage… On recommande en général que le poids du sac à dos ne dépasse pas 25% du poids du marcheur, et la dernière expérience en date m’a montré que ma limite se situait effectivement autour des 18kg. Une fois que j’aurai enlevé les 25kg que représente le vélo (bagages et matériel de réparation inclus) ainsi que les 10kg de matériel photo, il va encore falloir grappiller 10kg dans ce qui me semblait déjà être le « minimum vital »…

En bref, après avoir travaillé sur mes dépenses en me limitant à l’essentiel et vivant avec 10€ par jour, je vais encore devoir me défaire d’une partie de mon équipement. Il se peut que bientôt vous ayez du mal à me distinguer d’un moine tibétain et que le titre du blog devienne « L’Europe, un p’tit bout de tissu, et c’est tout… » 🙂

2 commentaires sur “C’est pas la taille qui compte!

  1. Hey! Et bien, toi qui me prenait pour une « psychopate » tu vois que finalement tu t’en rapproche dangereusement!!!
    J’te souhaite bon courage pour la suite car je sais à quel point l’abandon de ton matos photos va t’être très pénible 😀 Courage!

    • J’ai même hésité à partir sans matelas, paraît qu’il y a des fous qui dorment sans, mais faut pas déconner quand même ! 😉