Cap ou pas cap?

Nordkapp

Un peu avant de partir, on m’a appris que le cap Nord était en fait une île… Ça ne m’a pas fait grand-chose sur le moment, suis vite allé me renseigner sur le net pour faire genre « ouais, ouais, je sais… », puis j’ai mis ça de côté. Mais 4500km seul à vélo, ça laisse le temps à pas mal de choses de remonter. A Vienne, dans le magasin de sport où j’ai fait quelques ajustements de matériel, le vendeur était allé au nord et avait évité le Nordkapp lui-même. Il avait de bons arguments.

Petit résumé pour ceux qui sont aussi peu culturés que moi, mais qui n’ont aucune raison de devoir dire un jour « Ouais, ouais, je sais… » et n’iront donc pas lire l’article sue Wikipedia : Un gars, un explorateur répondant au nom de Richard Chancellor, passe au nord de la Norvège en 1553, pense que c’est le point le plus au nord du continent et appelle ça le cap Nord. Cool, mais… a) Il s’agit d’une île, donc on doit se poser la question de savoir si on veut compter les îles ou non. Si oui, il y a d’autres îles beaucoup plus au nord, donc pourquoi on ne les prendrait pas aussi en compte. Trop éloignées? C’est quoi le critère? Bref, un grand débat sans fin. b) Le pire dans cette histoire est que, même sur l’ile en question, il y a un point plus au nord, mais beaucoup moins photogénique… Le véritable cap nord, le cap Nordkinn, se trouve 67 km plus à l’est et 6 km plus au sud que le Nordkapp.

Devant cette immense dilemme, j’ai dû recourir à cette bonne vieille méthode qu’on utilise quand on a douze ans et qu’on doit choisir entre deux filles: les pours et les contres! 🙂

Les Pours-Nordkapp:
– Accessible facilement
– Vente de cartes postales et de glaces
– Des gens qui parlent anglais, français, allemand, etc
– Piste cyclable « jusqu’en-haut » de la carte
– J’ai dit à tout le monde que j’allais au cap Nord…

Les Contres-Nordkapp:
– En fait c’est pas le cap Nord, comme les indiens d’Amérique sont pas des indiens en fait, mais des américains, bordel!

Le résultat du pour-contre est clair, d’autant plus qu’on peut ajouter que pour rejoindre le vrai « point le plus au nord non-insulaire du continent européen », il faut compter un jour de marche depuis le dernier village avec risque de brouillards soudains (j’invente pas, Sonceboz c’est Punta Cana à côté de ça), et que je n’ai ni sac à dos ni chaussures de marche avec moi.

Puis tout à coup l’argument final, imparable, a surgit dans un coin de ma tête. Imaginez: je suis de retour, aux bains de la Motta pour profiter du début de l’été. Une fille vient me voir, attirée par ce corps svelte, musclé et bronzé comme un gars qu’aurait été couché sur la route quand ils ont repeint un passage pour piétons, avec les marques du cuissard, des chaussettes, gants, etc. Bref, vous voyez le truc qui arrive tout le temps, mais soit à la télé, soit seulement aux autres, et elle me demande, avec une curiosité un peu moqueuse: « Salut beau blondinet. Dis, t’as été voyager où pour arriver à te forger ce corps tragi-comique à croquer? » Et là, si je dois répondre un truc du genre « Ben techniquement au cap Nord, même si, je sais pas si tu lis internet, c’est pas vraiment le cap Nord puisque… », je passe en une fraction de seconde de l’aventurier méga cool au gros blaireau de service…

Donc, si vous me connaissez un peu, vous aurez deviné quelle cape je choisis d’endosser!

PS: « Si t’en reveux, y’en re n’a ! » est le titre d’un album de Marcel et son Orchestre, sorti en 2001.