Bon, on y va!

J’ai finalement décidé d’aller à Barcelone; j’avais pourtant déjà tracé dans ma tête une ligne sur la carte me permettant d’éviter toutes les grandes villes du sud du pays. Et je reconnais que c’était une bonne idée, car j’avais besoin de repos après toutes les belles choses rencontrées ces trois dernières semaines. Du repos, une douche chaude, des plats un peu plus variés et une lessive pour tout le monde; je suis à Barcelone mais si ça avait été Madrid, Paris ou Katmandou, ça n’aurait fait aucune différence. Ce qu’il faut retenir, c’est comment je suis arrivé ici.

En quittant Tarifa j’avais une grande envie de m’éloigner de la côte un moment. Déjà, qu’est-ce-qu’il reste d’une mer quand on lui enlève ses couchers de soleil? De l’eau salée polluée? Fini les fins de journées passées à se bruler la rétine en regardant le maitre des astres disparaitre à l’horizon, puis à sentir le monde se refroidir. La terre, les cols et les montagnes m’appelaient. Comme on m’avait présenté Córdoba comme étant une ville à voir ABSOLUMENT!, j’ai pris sa direction. Puis, après moins de deux jours de route, je me suis dit que j’avais autant envie d’aller à Córdoba, ou toute autre ville d’ailleurs, que de rester le long de la mer. J’ai donc, pour tracer mon parcours sur la carte, établi la règle suivante: éviter toute ville de plus de 15’000 habitants se terminant avec la lettre « a ».

Qu’est-ce-qu’il reste une fois qu’on a éliminé la côte et les villes? Les « Sierras », ces différentes chaines montagneuses qui recouvrent une bonne partie du territoire espagnol! Dans la région de Gaucín d’abord, où malgré des altitudes relativement basses, les vallées étroites et abruptes rappellent certains paysages alpins; de nuit, on s’y croirait presque: les lumières des villages accroché aux montagnes comme un tableau au mur, et des routes que l’on devine sinueuses en voyant les phares des voitures traçant des lacets dans toutes les pentes alentours. De jour, un tout autre tableau avec ces mêmes villages aux murs blancs, ainsi que les oliviers et amandiers recouvrant ça et là quelques flancs de montagne.

Plus loin, vers El Chorro, le Caminito del Rey, des gorges à couper le souffle accessible par une via ferrata, pour ceux qui aiment ça. Des lacs artificiels et des pentes dont le pourcentage n’est pas indiqué; soit pour ne pas décourager les cyclistes, soit parce que personne n’a jamais pensé qu’un cycliste pourrait vouloir s’y engager. Les paysages évoluent, mais le fil conducteur reste le même: orangers et autres agrumes dans les altitudes les plus basses, puis des oliviers et des amandiers. Ici des rochers rougeâtres s’élevant à la verticale au-dessus d’une rivière et où des locaux pratique la varappe. Là des collines aux pentes douces où s’étendent des oliviers à perte de vue. Tout à coup se dressent devant moi des façades qui pourraient très bien trouver leurs places dans la chaine des Gastlosen, dans les préalpes fribourgeoises.

Avant d’arriver dans la fameuse Sierra Nevada au pied de laquelle se trouve Granada (+ de 15’000 habitants ET se finissant en « a »), je trouve des bains thermaux publics; ça me change un peu de l’eau glaciale avec laquelle je me lave depuis Faro. En effleurant Grenade et en longeant la Sierra Nevada, mon coeur ne peut que soupirer en voyant ces sommets enneigés où certains skient encore. La route menant au Pico del Veleta, plus haute route d’Europe, n’ouvrira qu’en avril; dommage, c’est un peu pour ça que j’avais choisi cet itinéraire. Suite à un col et sans aucune transition je me retrouve dans une ambiance de grand canyon et avec des villages adossés à ce que l’on pourrait prendre pour des termitières géantes. Me voilà pour plusieurs heures dans une sorte de désert hostile et sec, alors que ce matin encore de nombreuses sources me rafraîchissaient le long de la route.

Le lendemain, à l’approche du parc national de la Sierra de Cazorla, Segura et las Villas, je rejoins ce qui doit être LE centre de production d’huile d’olive espagnol. Rien, absolument rien d’autre que des champs d’oliviers, des magasins d’équipements agricoles et des producteurs d’huile. Juste avant, comme je l’ai dit, d’entrer dans le plus important parc national du pays et d’y trouver forêts, cerfs, chevreuils, chamois, etc. Au sortir du parc, je me trouve sur un immense plateau couvert de vignes. D’Alcaraz à Albacete rien ne vient interrompre le champ de vision entre moi et l’horizon, où se rejoignent terre et ciel. De temps à autre, une longue et étroite crevasse, creusée par des rivières éphémères et sèches, me font me demander si parfois l’eau coule ici sous les ponts. Et cette surface qui n’est que terre rougeâtre mêlée à quelques pierres se laisse éroder sans opposer, en apparence du moins, l’once d’une résistance.

Puis plus au nord, la même histoire recommence. C’est comme si, avec toujours les même ingrédients, la nature pouvait inventer mille recettes. Et l’homme y participe en concentrant telle ou telle type d’agriculture, ou en laissant la nature faire au contraire, dans les parcs naturels. Les villes et villages aussi changent d’apparence; de blanches et adossées aux pentes, elles sont maintenant d’une couleur sablonneuse et souvent perchées sur la coline dominant la vallée, une des extrémité surplombant une haute falaise. Construites avec les ressources disponibles et s’adaptant à la typographie de la région.

Vers Mora D’Ebre j’ai bifurqué en direction Barcelone, que j’ai rejoins le lendemain, par la côte. Ne me demandez pas si j’ai aimé Barcelone; c’est comme si je vous demandais si vous avez aimé l’aéroport dans lequel vous avez pris l’avion pour partir en vacances. J’ai adoré aller à Barcelone et me réjouis à l’idée de repartir vendredi. Je savais en partant qu’il me serait pénible de visiter des villes, mais j’aurai au moins le mérite d’avoir essayé jusqu’à la fin, même si j’échoue lamentablement à chaque fois à y trouver un quelconque plaisir. C’est ce qui se trouve entre les villes qui m’intéresse: je vais donc je suis.

5 commentaires sur “Bon, on y va!

  1. Hi Luca du unverwüstlicher Radler. (Nicht zu verwechseln mit dem gleichnamigen Getränk)
    Du bewegst dich unaufhaltsam in meine Richtung 😉
    Im Ticino wartet eine Pizza und ein Glas wundervolles Bier auf dich. Also ja nicht vorbeifahren ohne Zwischenhalt. Herzliche Grüsse und viel Freude auf deiner Weiterreise.

    Saluti

    Roger

    • Saluti Super-Roger!

      Leider wird es noch ein wenig dauern, bis ich bei dir durchfahre, oder besser gesagt, durchwandere. Aber das ist bestimmt irgendwann auf meinem Weg. 🙂

      Liebe Grüessli

  2. T’écris trop bien tes colles! On est plongé dans un roman! Paysages paradisiaques, tu nous fais rêver!

  3. Un régal de te lire, de voir ces magnifiques photos … et de te voir bientot! Faudra aussi me supporter quelques jours sur tes chemins en rouge et blanc!